05/07/2008

Prospective : vers le retour d'une civilisation de cultivateurs et éleveurs ?

/tag/ville/potager_slo.jpg Enfin, plutôt vers un mix de société post-industrielle et néolithique. Cet article est volontairement provocateur, mais la vision qui le sous-tend ne l'est pas tant que cela. L'argumentaire ci-après n'est pas basé sur des études mais plutôt sur un "feeling", un ressenti général.

Ce mode de vie sédentarisé où les populations se sont mises à cultiver tout en dépendant encore fortement des activités de cueillette pour subvenir à leurs besoins alimentaires a prévalu du néolithique jusqu'au début du XXe siècle dans les pays industrialisés. Et il continue de façon prépondérante pour une majeure partie de la population mondiale.

Alors que la vie devient de plus en plus chère, on se demande quand se produira le point de rupture. C'est à dire le moment où les gens vont devoir commencer à subvenir eux-mêmes à leurs besoins de base notamment en faisant pousser des légumes ou élever de petits animaux de basse cour. Il le feront soit comme activité d'appoint, soit comme activité principale. Ce sera en fonction de leurs possibilités "techniques" à savoir avoir accès ou pas à un lopin de terre.

Encore faudra-t-il pouvoir le faire ! Car les trois quarts de la population vivent maintenant en ville et majoritairement dans des appartements.

Ceux qui pourront donc mettre du beurre dans leurs épinards sont ceux qui logent dans une maison individuelle avec à disposition un coin de jardin.

Une possibilité très limitée existera aussi pour ceux habitant dans un appartement et disposant d'une terrasse ou d'un balcon. Cela leur permettra de pratiquer du micro-jardinage.

Tous les autres urbains, c'est à dire ceux vivant dans un appartement standard, seront pris au piège et seront probablement dans une situation de totale dépendance alimentaire.

On peut imaginer alors que les états devront instituer de vastes "restaurants du coeur" un peu sur le modèle des tickets de rationnement qui ont eu cours durant la seconde guerre mondiale. Tandis que les autres, ceux disposant d'un jardinet et les populations vivant en milieu rural, vivront une vie qui tendra vers l'auto-subsistance. Nous reviendrons dans un autre billet sur les différences entre auto-subsistance et autarcie.


Pourquoi les populations urbaines vont-elles être piégées ?

Tout d'abord une partie de la population, typiquement celle résidant en grande banlieue, ne pourra plus se déplacer en voiture entre son lieu de résidence et de travail à cause de l'envolée des prix du pétrole qui rendra ces déplacements insoutenables.

Par ailleurs, les prix alimentaires de plus en plus élevés feront s'interroger s'il n'est pas plus avantageux de produire soi même tout ou partie de son alimentation de base plutôt que de travailler de plus en plus dur pour obtenir la ressource financière permettant de l'acquérir.

Car pétrole et nourriture sont liés. En effet, le pétrole est l'un des "intrants" les plus importants de la nourriture : production mécanisée, agro-chimie, transformation alimentaire, conservation, distribution, etc. vont accentuer les prix des produits alimentaires. Bref, notre civilisation étant une civilisation du pétrole, c'est donc ses fondements même qui seront bousculés lorsque le pétrole ne sera plus accessible à la majorité de la population.

La conséquence immédiate de ce phénomène est que les prix de l'immobilier en grande banlieue vont s'effondrer (on constate déjà en 2008 des prémisses de ce phénomène). A l'inverse, les prix de l'immobilier dans les centres ville vont eux augmenter car les gens vont chercher à se rapprocher de leur lieu de travail. Dans un second temps, ce sera l'inverse.

Par conséquent, nous aurons en centre ville une population d'élite, riche et en banlieue les pauvres qui ne pourront plus se déplacer en voiture et seront tributaires de transports publics bondés et de plus en plus vétustes. Des trajets quotidiens de quatre heures seront courants ce qui rendra de plus en plus difficile ce mode de vie basé sur des déplacements banlieue à ville. C'est déjà le cas, mais ce phénomène va s'amplifier. Pour vous faire une idée, vous n'avez qu'à vous souvenir des grandes journées de grève à Paris ! Autant prendre sa journée de RTT que d'essayer d'aller rejoindre son lieu de travail.

Le problème est que les "nouveaux pauvres" seront désoeuvrés dans leur banlieues lointaines étant donné que le marché du travail lui se concentrera plutôt dans les centres. Le marché du travail local va mettre un certain temps à se structurer. Ces populations n'auront donc pas d'autre choix que d'essayer de cultiver leur jardin et élever quelques poules pour se nourrir ou compléter leurs revenus. Bien entendu, ce ne sera pas la seule activité de ces populations. Elles devront en fin de compte cumuler plusieurs activités, certaines rémunératrices d'autres d'auto-subsistance. Toutefois l'ensemble de ces activités seront fortement ancrées dans le local.

Car en effet toute la vie deviendra soudainement très locale et particulièrement ralentie avec une diminution de la fréquence des déplacements motorisés et aussi de leur rayon. A votre avis, pensez-vous trouver un travail correspondant à vos qualifications actuelles dans un rayon de moins de 10 km ? Cela ne le sera possible que dans les grandes villes, à distance de vélo ou dans un environnement disposant d'un réseau de transports urbains dense.

J'entrevois donc que la campagne deviendra tout d'un coup beaucoup plus attractive qu'elle ne l'est à présent. En effet, à la campagne, l'esprit pionnier restera possible. A la campagne une forme d'auto-subsistance sera encore envisageable. La campagne permettra deux types d'auto-subsistance. Attention je ne parle pas d'autarcie pour le moment ! Au contraire, nous aurons de nombreux échanges (et du troc) entre différentes communautés rurales.

La campagne rendra possible :

  • l'autosubsistance alimentaire : jardinage, élevage, cueillette et pourquoi pas pêche ou chasse,
  • l'autosubsistance énergétique : se chauffer avec des sources d'énergie disponibles localement en particulier le bois,
  • le troc qui permettra de recréer les conditions d'une société pérenne grâce à la pratique de l'échange.

Alors, préparez-vous, du moins mentalement, à cette nouvelle civilisation qui n'est pas totalement à exclure. Notez que je ne porte pas de jugement de valeur à savoir si cette nouvelle ère représentera un progrès ou plutôt une régression. Préparons-nous y plutôt joyeusement et pas comme si c'était une catastrophe ! Après tout nous ne devons que renoncer à notre mode de vie actuel fondé sur le tout pétrole. Qui sait si le mode de vie futur ne sera pas finalement meilleur ?

13/04/2007

Coût de la vie : la vie est-elle vraiment moins chère à la campagne ?

/archive/2007/04/medium_IMG_1848.2.jpgNous sommes toujours dans le cycle des questions posées par notre ami journaliste. Les précédentes questions de la "Faque des champs" traitaient du projet de changement de vie et de recherche immobilière à la campagne.  Cette fois-ci, nous allons aborder le sujet du coût de la vie et des différences entre ville et campagne.

Il existe tout un a priori tenace que la vie à la campagne est moins chère qu'en milieu urbain. Nous allons donc chercher à voir si c'est le cas et passer en revue les différents postes de dépense identifiables. Les lecteurs et commentateurs pourront sûrement apporter des compléments voir réfuter certaines des observations proposées ci-après.


Quelles sont les dépenses induites en ville qu'on ne retrouve pas à la campagne ?
  • Les abonnements aux transports urbains. Par exemple, la carte Orange en Ile de France nécessite de débourser 68 euros / mois pour "3 zones" (cas de banlieusards se rendant quotidiennement à Paris ou vers une autre banlieue),
  • La fréquence et l'intensité des sorties. Les spectacles, cinéma, restaurants, divertissements entre amis... tendent à générer une dépense accrue,
  • Éventuellement, la course à une tenue vestimentaire à la mode (phénomène des soldes et autres sollicitations commerciales) peut grever le budget disponible,
  • Les rythmes de vie en ville induisent une multiplication du besoin de vacances et un désir d'évasion plus prégnant (séjours à la neige, vers des destinations lointaines, weekends, etc.). Ces occurrences de grands voyages sont consommatrices en ressources financières. Cela est particulièrement vrai pour les populations bénéficiant d'un bon niveau de vie. A la campagne, on parvient à se sentir plus facilement en vacances à la faveur des soirs d'été et des weekends. De ce fait, les vraies vacances à la campagne ont tendance à se cristalliser autour d'un ou deux grands séjours annuels (bord de mer en France et plus rarement un séjour au ski ou au long cours).  Évidemment, pour des populations vivant près des massifs montagneux ou le littoral ensoleillé le besoin de vacances est plus facile et moins coûteux à satisfaire spontanément. Les habitants de Lille, Strasbourg ou Paris en revanche doivent s'organiser et engager plus de budget pour la même finalité.

Quelles sont les dépenses quasi-obligatoires de la vie à la campagne qu'on ne retrouve pas en ville ?
  • L'usage pratiquement indispensable d'un voire deux véhicules par foyer pour les déplacements liés au travail (manque de transports publics fréquents),
  • La nécessité pressante d'un scooter pour les enfants adolescents,
  • Le jardinage, le bricolage, l'entretien de la maison et les loisirs en extérieur (produits et équipements coûteux),
  • Le coût additionnel représenté par le besoin pour les enfants étudiants de se loger en ville la semaine pour suivre leurs études,
  • Crèches, gardes d'enfants et écoles parfois privées (internats) faute de choix et du fait de l'éloignement de ces infrastructures par rapport au domicile.


Vais-je dépenser moins en vivant à la campagne ?

  • A la campagne, on prend l'habitude de faire plus attention aux dépenses "évitables". On est moins enclins à dépenser. La vie à tendance à se dérouler de façon locale et auto-centrée sur la maison (pour ceux qui ont la chance d'en être propriétaire ou locataire),
  • Les impôts locaux, dans certains départements, peuvent être très inférieurs à ceux pratiqués en ville (un rapport d'un à trois est courant).


Le coût des produits courants est-il vraiment différent ? (pain, huile, sucre, café, etc.)

  • Probablement. Toutefois il est très difficile de comparer. En ville, il existe de nombreux magasins de type discounters. Cela permet d'avoir le choix dans la source d'approvisionnement au niveau d'un périmètre donné. Ce n'est pas le cas en milieu rural où très souvent règne une seule marque de magasins (supermarché) localement. Par conséquent, la marque dominante est libre de pratiquer les prix qu'elle souhaite. Mettant parfois dans l'embarras les épiceries traditionnelles dans la même zone de chalandise. Par ailleurs, si vous résidez dans un hameau un peu distant d'un centre de vie (bourgade), il faudrait, pour avoir une vison plus réaliste des prix, intégrer le coût additionnel engendré par la nécessité de se déplacer en voiture pour faire ses courses.


Ainsi, Baronette, une bloggeuse vivant en continu en milieu rural, après avoir vécu longtemps dans une grande capitale régionale, nous donne son point de vue concret :

"Pour répondre à ta question, je me suis penchée sur les courses. Comme je te l'ai dit, je ne fais pas mes courses en grande surface mais en magasin bio. Alors j'ai comparé mes tickets de caisse des magasins bio en ville et ceux de la petite épicerie bio de ma campagne. Il y a huit produits que j'ai pu comparer car identiques (même marque). Dans les deux cas, sur les huit produits, il y en a sept moins chers dans ma petite épicerie (de 6 cts à 2,49 euros de différence) et un plus cher de 30 cts, sans raison valable puisque ce sont des produits basiques (sucre, yaourts...) et de même provenance. Je pense que les fruits (sauf les fruits exotiques évidemment) et légumes sont également moins chers du fait de la proximité des producteurs. Il en va de même pour le vin (producteurs locaux). La différence, c'est que je dois prendre la voiture pour faire les courses (ce qui n'était pas le cas en ville). Donc le coût de l'essence est à rajouter (10 kms). Dans notre village distant d'un kilomètre, nous avons une petite boulangerie, épicerie qui nous permet de nous ravitailler en cas de manque. Le pain est moins cher qu'en ville et dure plus longtemps. Mais pour l'épicerie, c'est beaucoup plus cher que dans une supérette de proximité en ville".


Plus loin, Baronette ajoute :

"Au final, je pense qu'il n'y a pas une énorme différence de prix entre la ville et la campagne en ce qui concerne l'alimentation, puisque, même si les prix sont légèrement inférieurs dans ma petite épicerie bio, j'ai l'essence en plus et d'autres produits que je paie plus chers (comme le café par exemple qu'on achète à la boulangerie). En revanche au niveau de la qualité, il n'y a pas photo ! Pour la même qualité en ville, il faut soit payer très cher, soit avoir de super adresses. Mais dans ce cas, ce n'est plus à proximité. Et puis à la campagne, on a toujours des possibilités pour faire des économies que l'on n'a pas forcément en ville : faire un potager, avoir quelques poules, des voisins charitables qui prévoient un trop gros jardin..."

On l'aura compris. Pas forcément moins cher, mais sûrement de meilleure qualité ! N'hésitez pas à visiter régulièrement le blog de Baronette et Cie. Ce sont des sujets qu'elle adresse également dans son espace thématique et de façon fort détaillée.


Comment faire pour diminuer ses besoins ? (eau, électricité, chauffage, nourriture, déplacements, etc.)

Ce n'est pas tant les besoins que l'on diminue. Il n'est parfois tout simplement pas possible de les diminuer (incompressibilité). En revanche, les besoins peuvent être adaptés en fonction des ressources locales disponibles.
En effet, la première chose est de considérer qu'à la campagne certaines ressources peuvent être disponibles sur place.
  • le bois pour le chauffage et l'eau chaude,
  • la récupération de l'eau de pluie pour le jardinage voire pour un double circuit d'alimentation en eau après purification (usages domestiques de l'eau),
  • le potager et le verger pour fournir un complément plus ou moins important en produits alimentaires frais,
  • la possibilité accrue de jouer, dans certains cas, la carte des énergies renouvelables (panneaux solaires, petit éolien, chauffage au bois, géothermie) chose plus difficile en ville. Attention toutefois ! Pour rentabiliser ce type d'installation plusieurs années (jusqu'à 10 ans !) sont nécessaires. On ne ressent par conséquent pas les bénéfices toujours immédiatement,
  • le compostage permet d'économiser sur l'achat de terreau et d'engrais. En même temps, on réduit le poids des déchets allant vers l'incinérateur. C'est un gain pour la collectivité.


Les énergies renouvelables, vous les utilisez ? (solaire, eau de pluie, bois, compost, etc.)

Dans mon cas, je suis en cours d'installation d'un poêle à bois qui distribuera de l'air chaud dans toute la maison. Les panneaux radiants ne serviront plus que d'appoint là où aujourd'hui ils servent à chauffer, assez mal d'ailleurs et de façon non économique et non écologique, la maison. J'envisage également l'installation de panneaux solaires pour la production d'eau chaude. Finalement, j'envisage une véranda côté ouest pour créer un "puits de chaleur" au printemps et en automne.

Pour le moment, je récupère l'eau de pluie de façon artisanale sous la forme de deux bacs PVC de 500 litres. Toutefois, je sens la nécessité, dans un avenir proche, d'installer une cuve de 2000 ou 3000 L enterrée et alimentée par les eaux des précipitations provenant des différents toits. Vu les périodes de sécheresse prévisibles ces prochaines années, cela devrait me soulager au niveau du puisage de l'eau. Par ailleurs, je dispose d'un puits dans le jardin que je n'utilise pas pour le moment.


Le chauffage est-il un poste de dépense important ? (vieille maison, pas de murs mitoyens avec les voisins, etc.)

Oui le chauffage et plus généralement l'électricité dans mon cas est, au stade actuel de mon aménagement, un poste important (de 50 à 100 euros / mois). La maison est isolée, donc aucun mur d'un bienveillant voisin pour me fournir quelques calories supplémentaires C'est un inconvénient relatif lorsqu'on habite une maison ancienne isolée. Je rappelle que je n'ai pas fait construire la maison. Elle est là depuis 200 ans !

Comme on l'a déjà vu dans de précédentes notes, il est important de bien isoler sa maison et de couper le maximum de ponts thermiques.


Conclusion

En conclusion, certains postes de vie sont largement inférieurs à la campagne (loyers, impôts, matériaux...). D'autres, comme la voiture ou le chauffage sont plus onéreux si on accepte aveuglément les diktats des modes de vie imposés. Cependant, on ne peut pas vraiment poser la question du coût de la vie uniquement sous l'angle du "coût". Il faut évidemment mettre en parallèle l'aspect "revenus". Et c'est là que le bât blesse. Les revenus, à la campagne, sont très en-dessous de ceux qu'on peut escompter en habitant en ville (jusqu'à 40 ou 50% inférieurs). Le choix d'un poste de travail est moins large en milieu rural, ce qui entraine une mobilité professionnelle réduite. Les distances à parcourir pour se rendre à son travail en véhicule personnel peuvent induire pas mal de frais et de stress mais aussi de risques l'hiver. De plus, occuper un emploi à la campagne, pour un couple, nécessite souvent deux véhicules. Si vous avez la chance de travailler localement ou depuis chez vous, le train de vie à la campagne se révèlera être bien inférieur à celui connu en ville.

Tout le challenge est donc là : comment limiter la baisse de son niveau de revenu par rapport à celui possible dans une grande ville tout en parvenant à diminuer parallèlement ses coûts de vie ?

La réponse, nécessite une réflexion complémentaire sur le développement professionnel à la campagne. Sujet qu'il sera impossible de ne pas aborder dans une prochaine note.

 

N'hésitez pas à enrichir ce débat par des commentaires issus de votre expérience ou vision de la réalité. Votre regard critique sera également apprécié.  

 

Remerciements

Je tiens à remercier chaleureusement Baronette pour ses précieux renseignements. Baronette adresse également ce sujet dans sa note "De l'art de faire ses courses".

15/08/2006

Jusqu'à quel point les villes pourront-elles continuer à grossir ?

medium_P1011309.2.JPGVous l'avez probablement constaté ce blog a un parti pris clair en faveur de la vie à la campagne. Il ne s'agit pas de dresser le mode de vie campagnard contre celui de la ville. Après tout chacun devrait être libre de vivre là où bon lui semble. L'ambition de "S'installer et vivre à la campagne" est avant tout de s'interroger dans quelle mesure est-il possible de choisir son mode de vie de nos jours. Cette question se pose ici car le modèle urbain semble être une sorte de norme en matière de choix de vie à laquelle il parait difficile d'échapper.

 

Voici quelques faits intéressants pour comprendre la démarche de ce blog.

Ajourd'hui (en 1999), 75% de la population française vit dans des unités urbaines. En 1936, le rapport était d'environ moitié-moitié. Le fait intéressant à noter est qu'en nombre d'habitants, la population rurale est restée stable depuis 1968, aux alentours de 14 millions. Cela signifie que depuis quelques décennies l'accroissement de la population des villes n'est pas dû dans l'essentiel à l'exode rural mais à l'accroissement de la population globale en France qui s'est fait principalement en faveur des villes et tout particulièrement de l'agglomération parisienne. Depuis 1954, la population des villes s'est accrue de 55% tandis que la population des campagnes a décrû de près de 21%. A noter également que la population urbaine s'est accrue par absorption des petites communes rurales situées en périphérie des grands centres urbains. Ces "unités urbaines" (voir les définitions à partir du lien Insee fourni plus bas) représentent 18,4% du territoire. Ce territoire urbain est passé de 48 783 km² en 1962 à 100 041 km² en 1999 soit un accroissement de 48%, il a presque doublé en 40 ans !

Ces chiffres illustrent bien de quelle façon s'opère la croissance de la population française notamment par un déséquilibre en termes de densité de population entre villes et campagnes. Ce constat pousse à s'interroger si le rythme d'urbanisation engagé est finalement soutenable à long terme.


Pourquoi les villes continuent-elles d'avoir cette formidable attractivité...

Avant tout c'est la richesse de la palette des emplois qui rend les villes attractives. Plus la population est nombreuse, plus les besoins en produits, infrastructures et services augmentent génèrant ainsi de nouveaux emplois. La création de nouveaux emplois en milieu rural ne se produit pas de façon aussi importante puisque la population reste stable (14 millions d'habitants depuis le début des années 70). Il est à l'évidence plus facile de trouver un emploi ou d'en changer en milieu urbain qu'en milieu rural.

Ensuite, vient l'offre de services et de loisirs. Auparavant, les migrants issus des campagnes recherchaient un nouveau confort disponible en ville et qui était encore peu développé à la campagne. Ces commodités étaient l'eau courante, l'électricité, les réseaux de communication et de transport, les écoles et les crèches. Aujourd'hui, les campagnes ont partiellement rattrapé leur retard. Toutefois de nouveaux services sont apparus entre temps en ville créant  un nouveau différentiel de confort avec les campagnes. Il s'agit en particulier de l'Internet à haut débit, les loisirs à thèmes et les autres lieux de culture (cinémas, théâtres, lieux d'exposition) offrant beaucoup de choix en termes de divertissement.

Le développement du tissus urbain a créé une dynamique économique sans précédent. Il a permis de réduire la distance entre les lieux de production et de consommation faisant disparaitre ainsi l'idée de pénurie. En ville, tout s'obtient immédiatement et partout. A la campagne, obtenir un bien de consommation courante s'accompagne la plupart du temps d'un trajet plus ou moins long et donc consommateur de temps.

...alors que la qualité de vie semble s'y déteriorer de plus en plus ?

Mais cette attractivité pour le milieu urbain exige des contreparties. On peut affirmer sans grandes chances de se tromper que le formidable boom des villes est dû à la singulière capacité du milieu urbain à satisfaire la plupart de nos besoins de consommation. En effet, nos modes de vie sont maintenant fortement conditionnés par la consommation permanente et cela bien plus en ville qu'à la campagne d'ailleurs. La ville incite à consommer : restaurants, sorties, vêtements en soldes, équipements high-tech destinés à un mode de vie essentiellement urbain et intérieur. Ce mode de vie capte une grande part de l'épargne parce que nous sommes davantage sollicités par la consommation et aussi parce que le logement est très cher en ville poussant ses habitants à vivre dans des lieux exigus principalement dans des appartements.

Par ailleurs, la vie urbaine a tendance à se dérouler en claustration et de façon plutôt confinée. Cette claustration se manifeste de plusieurs manières : enfermement individuel dans son véhicule, promiscuité dans les transports en public, petitesse des logements et proximité gênante du voisinage, manque d'espaces naturels. Ces "coups" absorbés, "encaissés" à longueur d'années génèrent indubitablement un phénomène de stress qui peut parfois mener dans une
sorte de cycle sans fin à l'enfermement et à un besoin d'isolement.

Fait tout à fait paradoxal, alors que la disponibilité des emplois est l'une des raisons majeures de l'attractivité des villes, l'accès quotidien au travail n'a rien à envier aux distances parcourues en milieu rural pour les mêmes raisons. Les plus chanceux des urbains sont à une demi-heure de transport ou à pied de leur lieu de travail mais la plupart des citadins, surtout en Ile de France, passent pas loin de trois heures par jour dans les transports voire davantage. Les transports en public y sont plutôt anxiogènes ne donnant pas d'autre choix que de courir ou à l'inverse attendre et subir le contact pratiquement peau contre peau avec les voyageurs. Dans certains cas, ce temps de transport est inexploitable pour lire, tout au plus il l'est pour écouter son lecteur MP3 quoique le bruit ambiant empêche souvent d'apprécier pleinement l'écoute musicale.

Le rapport au temps est différent selon que l'on se trouve en milieu urbain ou à la campagne. En ville, la fréquence des transports publics induit que les horaires de travail se décalent plutôt vers le soir. Il y est courant de rentrer chez soi après vingt heures et il n'est pas rare d'arriver sur son lieu de travail après neuf heures du matin. Les horaires de travail à la campagne sont plus structurés. Ce phénomène est pour partie accentué par les horaires fixes des trains TER et des autocars ce qui a pour conséquence de stabiliser davantage le rythme de vie de la semaine. En effet, si vous manquez l'autocar de 17h30 vous en êtes quittes pour appeler votre conjoint ou une connaissance afin de venir vous chercher. La rareté des transports en milieu rural est propice au covoiturage (Voir la plateforme de covoiturage 123envoiture). Par ailleurs, en ville, en particulier en Ile de France, les horaires de crèches sont particulièrement astreignants.

D'un côté, il existe une importante pression pour conserver un emploi où que l'on se situe. Or, en ville, le cumul des différentes contraintes : transports, glissement des horaires de travail, rigidité des crèches, embouteillages permanents, attentes diverses à la Poste, dans les administrations et dans les magasins rendent la vie citadine plus stressante. En contre-partie, les revenus y sont généralement plus élevés ce qui ne signifie pas forcément que la capacité d'épargne y est supérieure. Bien sûr, on retrouve aussi de nombreuses contraintes en milieu rural : peu de crèches, écoles éloignées, beaucoup de trajets en voiture, peu de cinémas, expos et théâtres, etc. Mais il semble que les habitants des campagnes parviennent à mieux s'organiser entre eux, notamment en se rendant différents services logistiques, en optant davantage pour une stratégie de solidarité et en simplifiant leurs besoins.

Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que de plus en plus de citadins aspirent ou du moins rêvent de s'installer à la campagne en y idéalisant un choix de vie possible. Cette tendance se fait de plus en plus aigüe et le sujet devient de plus en plus étudié (étude IFOP et l'ouvrage "Au bonheur des campagnes (et des provinces)" de Bertrand Hervieu). Cette aspiration à quitter la ville et à s'installer en milieu rural devient une réalité tangible que les pouvoirs publics devront nécessairement prendre en compte un jour ou l'autre. On ne peut pas tout à fait exclure que d'ici quelques décennies les villes soient de moins en moins en mesure de voir leurs populations croître aux rythmes enregistrés dernièrement. A un moment donné, une certaine forme de saturation rendra la ville moins sécurisante, moins confortable et en fin de compte moins attractive.

Vers un nécessaire rééquilibrage villes-campagnes


Actuellement, le choix de son lieu de vie reste difficile à opérer parce que nous vivons dans un pays qui a eu une politique marquée de centralisation urbaine. Tout a été fait pour développer l'urbanisation et en particulier en Ile de France qui ne compte pourtant que 11,36 millions d'habitants soit 18,7% de la population métropolitaine (source INSEE). On peut objecter que personne ni rien n'empêche qui que ce soit de s'installer en milieu rural. Toutefois, on ne parle pas là de contraintes législatives mais plutôt de difficultés d'ordre socio-économiques.

Lorsqu'on souhaite s'installer en milieu rural il faut bénéficier d'une rare opportunité pour y trouver un emploi correspondant à ses compétences. Quand on n'a pas cette chance, on doit alors se résoudre à créer son propre emploi soit dans le secteur marchand soit sous la forme d'une association. Dans une précédente note "Travailler à la campagne : un marché du travail spécialisé ?" je signalai déjà les particularités du marché du travail en milieu rural.

Il ne s'agit pas à travers ce billet de se plaindre sempiternellement, ni de demander à l'état de régler tous les problèmes. Cependant, dans l'idéal, un axe de progrès majeur serait que l'état, les régions et de façon générale toutes les instances locales puissent encourager de façon franche l'implantation de nouvelles entreprises en milieu rural tout en préservant les emplois et les services publics actuels.

Par exemple, au niveau de l'état il pourrait y avoir deux types d'efforts à mettre en oeuvre : le ralentissement de la concentration des services publics et une décentralisation plus affirmée des grandes administrations ainsi qu'un encouragement fiscal à s'implanter en milieu rural. Rien que cela serait à même de créer un effet d'attractivité nouveau pour les milieux ruraux. A ce titre, la création des pôles de compétitivité notamment les "pôles d'excellence rurale" sont encourangeants.

Au niveau des régions, des dispositifs sous la forme d'incitations fiscales avantageuses à destination des investisseurs devraient être mis en place. Cela l'est déjà plus ou moins pour certaines régions. Je fais référence à l'implantation de Toyota dans le Nord de la France (4000 emplois). Mais ces initiatives sont encore insuffisantes autrement on ne connaitrait pas autant de fermetures d'entreprises en régions. En rendant les régions suffisamment attractives on n'attirerait pas seulement de nouvelles entreprises françaises mais également des initiatives étrangères. Après tout, pourquoi la France ne tirerait-elle pas non plus partie de la mondialisation ?

Quant aux communes ou communautés de communes, il serait important qu'elles accèlèrent le développement des réseaux de communication à haut débit ainsi que d'autres services tels que les crèches, les réseaux de transports locaux, l'accueil touristiques. Les régions françaises sont actuellement très attractives pour les étrangers qui n'hésitent pas à investir dans des biens immobiliers à des fins de villégiature. Quelques étrangers même s'installent dans nos
campagnes. L'installation d'étrangers et la venue des citadins sont en mesure d'insuffler une nouvelle dynamique pour nos campagnes s'accompagnant de la création de nouveaux services pour répondre à leurs besoins spécifiques. Tout cela est générateur d'emplois. De même, l'accroissement de la population des seniors est susceptible de créer des emplois additionnels de type services à la personne.

Dans un scénario idyllique, on peut imaginer qu'en fin de compte les campagnes deviennent d'ici quelques années tout aussi attrayantes que les villes avec une palette de services équivalente mais avec la beauté de la nature et l'identité culturelle des terroirs en plus.


Quelques sources

INSEE Population urbaine et rurale en France métropolitaine
Etude INSEE Forte extension des villes entre 1990 et 1999
Etude de l'IAURIF Densité de populations des régions de l'Union européenne en 2001
Rapport 2005 des investissements étrangers en France