13/04/2007

Coût de la vie : la vie est-elle vraiment moins chère à la campagne ?

medium_IMG_1848.2.jpgNous sommes toujours dans le cycle des questions posées par notre ami journaliste. Les précédentes questions de la "Faque des champs" traitaient du projet de changement de vie et de recherche immobilière à la campagne.  Cette fois-ci, nous allons aborder le sujet du coût de la vie et des différences entre ville et campagne.

Il existe tout un a priori tenace que la vie à la campagne est moins chère qu'en milieu urbain. Nous allons donc chercher à voir si c'est le cas et passer en revue les différents postes de dépense identifiables. Les lecteurs et commentateurs pourront sûrement apporter des compléments voir réfuter certaines des observations proposées ci-après.


Quelles sont les dépenses induites en ville qu'on ne retrouve pas à la campagne ?
  • Les abonnements aux transports urbains. Par exemple, la carte Orange en Ile de France nécessite de débourser 68 euros / mois pour "3 zones" (cas de banlieusards se rendant quotidiennement à Paris ou vers une autre banlieue),
  • La fréquence et l'intensité des sorties. Les spectacles, cinéma, restaurants, divertissements entre amis... tendent à générer une dépense accrue,
  • Éventuellement, la course à une tenue vestimentaire à la mode (phénomène des soldes et autres sollicitations commerciales) peut grever le budget disponible,
  • Les rythmes de vie en ville induisent une multiplication du besoin de vacances et un désir d'évasion plus prégnant (séjours à la neige, vers des destinations lointaines, weekends, etc.). Ces occurrences de grands voyages sont consommatrices en ressources financières. Cela est particulièrement vrai pour les populations bénéficiant d'un bon niveau de vie. A la campagne, on parvient à se sentir plus facilement en vacances à la faveur des soirs d'été et des weekends. De ce fait, les vraies vacances à la campagne ont tendance à se cristalliser autour d'un ou deux grands séjours annuels (bord de mer en France et plus rarement un séjour au ski ou au long cours).  Évidemment, pour des populations vivant près des massifs montagneux ou le littoral ensoleillé le besoin de vacances est plus facile et moins coûteux à satisfaire spontanément. Les habitants de Lille, Strasbourg ou Paris en revanche doivent s'organiser et engager plus de budget pour la même finalité.

Quelles sont les dépenses quasi-obligatoires de la vie à la campagne qu'on ne retrouve pas en ville ?
  • L'usage pratiquement indispensable d'un voire deux véhicules par foyer pour les déplacements liés au travail (manque de transports publics fréquents),
  • La nécessité pressante d'un scooter pour les enfants adolescents,
  • Le jardinage, le bricolage, l'entretien de la maison et les loisirs en extérieur (produits et équipements coûteux),
  • Le coût additionnel représenté par le besoin pour les enfants étudiants de se loger en ville la semaine pour suivre leurs études,
  • Crèches, gardes d'enfants et écoles parfois privées (internats) faute de choix et du fait de l'éloignement de ces infrastructures par rapport au domicile.


Vais-je dépenser moins en vivant à la campagne ?

  • A la campagne, on prend l'habitude de faire plus attention aux dépenses "évitables". On est moins enclins à dépenser. La vie à tendance à se dérouler de façon locale et auto-centrée sur la maison (pour ceux qui ont la chance d'en être propriétaire ou locataire),
  • Les impôts locaux, dans certains départements, peuvent être très inférieurs à ceux pratiqués en ville (un rapport d'un à trois est courant).


Le coût des produits courants est-il vraiment différent ? (pain, huile, sucre, café, etc.)

  • Probablement. Toutefois il est très difficile de comparer. En ville, il existe de nombreux magasins de type discounters. Cela permet d'avoir le choix dans la source d'approvisionnement au niveau d'un périmètre donné. Ce n'est pas le cas en milieu rural où très souvent règne une seule marque de magasins (supermarché) localement. Par conséquent, la marque dominante est libre de pratiquer les prix qu'elle souhaite. Mettant parfois dans l'embarras les épiceries traditionnelles dans la même zone de chalandise. Par ailleurs, si vous résidez dans un hameau un peu distant d'un centre de vie (bourgade), il faudrait, pour avoir une vison plus réaliste des prix, intégrer le coût additionnel engendré par la nécessité de se déplacer en voiture pour faire ses courses.


Ainsi, Baronette, une bloggeuse vivant en continu en milieu rural, après avoir vécu longtemps dans une grande capitale régionale, nous donne son point de vue concret :

"Pour répondre à ta question, je me suis penchée sur les courses. Comme je te l'ai dit, je ne fais pas mes courses en grande surface mais en magasin bio. Alors j'ai comparé mes tickets de caisse des magasins bio en ville et ceux de la petite épicerie bio de ma campagne. Il y a huit produits que j'ai pu comparer car identiques (même marque). Dans les deux cas, sur les huit produits, il y en a sept moins chers dans ma petite épicerie (de 6 cts à 2,49 euros de différence) et un plus cher de 30 cts, sans raison valable puisque ce sont des produits basiques (sucre, yaourts...) et de même provenance. Je pense que les fruits (sauf les fruits exotiques évidemment) et légumes sont également moins chers du fait de la proximité des producteurs. Il en va de même pour le vin (producteurs locaux). La différence, c'est que je dois prendre la voiture pour faire les courses (ce qui n'était pas le cas en ville). Donc le coût de l'essence est à rajouter (10 kms). Dans notre village distant d'un kilomètre, nous avons une petite boulangerie, épicerie qui nous permet de nous ravitailler en cas de manque. Le pain est moins cher qu'en ville et dure plus longtemps. Mais pour l'épicerie, c'est beaucoup plus cher que dans une supérette de proximité en ville".


Plus loin, Baronette ajoute :

"Au final, je pense qu'il n'y a pas une énorme différence de prix entre la ville et la campagne en ce qui concerne l'alimentation, puisque, même si les prix sont légèrement inférieurs dans ma petite épicerie bio, j'ai l'essence en plus et d'autres produits que je paie plus chers (comme le café par exemple qu'on achète à la boulangerie). En revanche au niveau de la qualité, il n'y a pas photo ! Pour la même qualité en ville, il faut soit payer très cher, soit avoir de super adresses. Mais dans ce cas, ce n'est plus à proximité. Et puis à la campagne, on a toujours des possibilités pour faire des économies que l'on n'a pas forcément en ville : faire un potager, avoir quelques poules, des voisins charitables qui prévoient un trop gros jardin..."

On l'aura compris. Pas forcément moins cher, mais sûrement de meilleure qualité ! N'hésitez pas à visiter régulièrement le blog de Baronette et Cie. Ce sont des sujets qu'elle adresse également dans son espace thématique et de façon fort détaillée.


Comment faire pour diminuer ses besoins ? (eau, électricité, chauffage, nourriture, déplacements, etc.)

Ce n'est pas tant les besoins que l'on diminue. Il n'est parfois tout simplement pas possible de les diminuer (incompressibilité). En revanche, les besoins peuvent être adaptés en fonction des ressources locales disponibles.
En effet, la première chose est de considérer qu'à la campagne certaines ressources peuvent être disponibles sur place.
  • le bois pour le chauffage et l'eau chaude,
  • la récupération de l'eau de pluie pour le jardinage voire pour un double circuit d'alimentation en eau après purification (usages domestiques de l'eau),
  • le potager et le verger pour fournir un complément plus ou moins important en produits alimentaires frais,
  • la possibilité accrue de jouer, dans certains cas, la carte des énergies renouvelables (panneaux solaires, petit éolien, chauffage au bois, géothermie) chose plus difficile en ville. Attention toutefois ! Pour rentabiliser ce type d'installation plusieurs années (jusqu'à 10 ans !) sont nécessaires. On ne ressent par conséquent pas les bénéfices toujours immédiatement,
  • le compostage permet d'économiser sur l'achat de terreau et d'engrais. En même temps, on réduit le poids des déchets allant vers l'incinérateur. C'est un gain pour la collectivité.


Les énergies renouvelables, vous les utilisez ? (solaire, eau de pluie, bois, compost, etc.)

Dans mon cas, je suis en cours d'installation d'un poêle à bois qui distribuera de l'air chaud dans toute la maison. Les panneaux radiants ne serviront plus que d'appoint là où aujourd'hui ils servent à chauffer, assez mal d'ailleurs et de façon non économique et non écologique, la maison. J'envisage également l'installation de panneaux solaires pour la production d'eau chaude. Finalement, j'envisage une véranda côté ouest pour créer un "puits de chaleur" au printemps et en automne.

Pour le moment, je récupère l'eau de pluie de façon artisanale sous la forme de deux bacs PVC de 500 litres. Toutefois, je sens la nécessité, dans un avenir proche, d'installer une cuve de 2000 ou 3000 L enterrée et alimentée par les eaux des précipitations provenant des différents toits. Vu les périodes de sécheresse prévisibles ces prochaines années, cela devrait me soulager au niveau du puisage de l'eau. Par ailleurs, je dispose d'un puits dans le jardin que je n'utilise pas pour le moment.


Le chauffage est-il un poste de dépense important ? (vieille maison, pas de murs mitoyens avec les voisins, etc.)

Oui le chauffage et plus généralement l'électricité dans mon cas est, au stade actuel de mon aménagement, un poste important (de 50 à 100 euros / mois). La maison est isolée, donc aucun mur d'un bienveillant voisin pour me fournir quelques calories supplémentaires C'est un inconvénient relatif lorsqu'on habite une maison ancienne isolée. Je rappelle que je n'ai pas fait construire la maison. Elle est là depuis 200 ans !

Comme on l'a déjà vu dans de précédentes notes, il est important de bien isoler sa maison et de couper le maximum de ponts thermiques.


Conclusion

En conclusion, certains postes de vie sont largement inférieurs à la campagne (loyers, impôts, matériaux...). D'autres, comme la voiture ou le chauffage sont plus onéreux si on accepte aveuglément les diktats des modes de vie imposés. Cependant, on ne peut pas vraiment poser la question du coût de la vie uniquement sous l'angle du "coût". Il faut évidemment mettre en parallèle l'aspect "revenus". Et c'est là que le bât blesse. Les revenus, à la campagne, sont très en-dessous de ceux qu'on peut escompter en habitant en ville (jusqu'à 40 ou 50% inférieurs). Le choix d'un poste de travail est moins large en milieu rural, ce qui entraine une mobilité professionnelle réduite. Les distances à parcourir pour se rendre à son travail en véhicule personnel peuvent induire pas mal de frais et de stress mais aussi de risques l'hiver. De plus, occuper un emploi à la campagne, pour un couple, nécessite souvent deux véhicules. Si vous avez la chance de travailler localement ou depuis chez vous, le train de vie à la campagne se révèlera être bien inférieur à celui connu en ville.

Tout le challenge est donc là : comment limiter la baisse de son niveau de revenu par rapport à celui possible dans une grande ville tout en parvenant à diminuer parallèlement ses coûts de vie ?

La réponse, nécessite une réflexion complémentaire sur le développement professionnel à la campagne. Sujet qu'il sera impossible de ne pas aborder dans une prochaine note.

 

N'hésitez pas à enrichir ce débat par des commentaires issus de votre expérience ou vision de la réalité. Votre regard critique sera également apprécié.  

 

Remerciements

Je tiens à remercier chaleureusement Baronette pour ses précieux renseignements. Baronette adresse également ce sujet dans sa note "De l'art de faire ses courses".