01/07/2008

Le Campagnard

Bonjour,

Notre ami HK nous a proposé de participer à la rédaction de son blog sur la vie à la campagne. J'ai donc choisi de me lancer dans cette nouvelle aventure, pour parler justement avec vous... du campagnard !

Un petit mot de présentation d'abord : j'ai créé avec ma femme un site qui s'appelle Luxe Campagne, sur l'art de vivre à la campagne : nous restaurons une ferme et nous faisons des photos pour le plaisir, mais un jour on a eu l'idée d'en faire un site, pour partager nos impressions et faire des ambiances sur le sujet de la campagne. Je suis né en pleine cambrousse, mais maintenant j'habite en ville (à Dijon).

/archive/2008/07/sabots.jpgParlons donc du campagnard :
Qui est cet étrange personnage ?
Qu'est-ce qu'il a de différent de nous autres, les filles et les gars de la ville ?

Il a beau vivre en milieu rural, il peut être parfois bien urbain. Je ne parle pas des fameux "rurbains", mais plutôt de sa capacité à être aimable et avenant envers les autres (bon, pas toujours, c'est vrai... Mais vous en connaissez aussi, des citadins, qui ne sont ni polis ni tournés vers autrui n'est-ce pas ?). En tous cas voici une des multiples facettes du campagnard : il peut-être à la fois rural et urbain.

Quand je dis campagnard, je dis aussi campagnarde bien-sûr. Est-ce de ma faute si ce site ne s'appelle pas "www.campagnarde.net" ? Oui je suis un peu féministe aussi. Bon, ça c'est dit.

Le campagnard, tout comme la campagne d'ailleurs, est très difficile à définir ou à catégoriser. J'ai connu justement une campagnarde qui me parlait du bourg à 6 km de chez elle, où il y avait 2000 habitants : "c'est la ville" me disait-elle. A mon avis, elle avait raison.
La campagne, qu'on appelait "champagne" en vieux français, serait plutôt un endroit avec des champs cultivés ("campus" en latin qui veut dire "champ" pas université où l'on va aussi pour se cultiver). On voit qu'à la campagne, la nature et la culture sont indissociables !
Donc le campagnard habite ou vit une grande partie de son temps, ou vient au pire de cette zone de champs cultivés, où la concentration de la population est faible, et l'habitat clairsemé.

On en apprend plus quand on est à l'écoute des jolis petits noms d'oiseaux que donnent les méchantes personnes aux campagnards :
rarement "gentleman farmer", beaucoup plus souvent "paysan" ce qui aujourd'hui fait moins péjoratif que dans les années 70. Dans les noms plus typés nous avons : "pécore, cul-terreux, bouseux, vilain". D'ailleurs le "vilain" est le "villageois", qui vient du latin "villa romaine", la même étymologie que "ville" qu'on retrouve encore ici ! Souvent, pour le campagnard, la culture est une seconde nature : c'est le "culto", le "cultivateur", "l'agriculteur"... Si vous connaissez d'autres désignations auxquelles je n'aurais pas pensé, n'hésitez pas à laisser des commentaires.

Un autre point définit encore bien le citoyen des campagne : la profondeur !
Point de surface à la campagne (à part les surfaces cultivées), on est dans la France profonde, et même dans un trou (souvent perdu). On monte sur Paris, on descend à la campagne. On vient s'y enterrer parfois. Le campagnard a les pieds sur terre, et même ancrés dans la terre. On dit qu'il a des racines dans le terroir, qui est encore un lieu très culturel.

Voilà, tout ça pour dire que les choses ne sont jamais simples et tranchées, le campagnard peut être urbain, être une femme, méprisé ou admiré, cultivateur et cultivé, il peut travailler et vivre en ville la plupart du temps, sans savoir reconnaître une pâquerette d'un pissenlit.
Il peut aussi mépriser la nature et verser dans ses champs les produits les plus toxiques...
Il peut aussi être là par passion, faire revivre son village, défendre et protéger l'environnement et la culture locale... C'est celui là qu'on a choisi ici.

Luxe Campagne 

13/04/2007

Coût de la vie : la vie est-elle vraiment moins chère à la campagne ?

/faque_des_champs/medium_IMG_1848.2.jpgNous sommes toujours dans le cycle des questions posées par notre ami journaliste. Les précédentes questions de la "Faque des champs" traitaient du projet de changement de vie et de recherche immobilière à la campagne.  Cette fois-ci, nous allons aborder le sujet du coût de la vie et des différences entre ville et campagne.

Il existe tout un a priori tenace que la vie à la campagne est moins chère qu'en milieu urbain. Nous allons donc chercher à voir si c'est le cas et passer en revue les différents postes de dépense identifiables. Les lecteurs et commentateurs pourront sûrement apporter des compléments voir réfuter certaines des observations proposées ci-après.


Quelles sont les dépenses induites en ville qu'on ne retrouve pas à la campagne ?
  • Les abonnements aux transports urbains. Par exemple, la carte Orange en Ile de France nécessite de débourser 68 euros / mois pour "3 zones" (cas de banlieusards se rendant quotidiennement à Paris ou vers une autre banlieue),
  • La fréquence et l'intensité des sorties. Les spectacles, cinéma, restaurants, divertissements entre amis... tendent à générer une dépense accrue,
  • Éventuellement, la course à une tenue vestimentaire à la mode (phénomène des soldes et autres sollicitations commerciales) peut grever le budget disponible,
  • Les rythmes de vie en ville induisent une multiplication du besoin de vacances et un désir d'évasion plus prégnant (séjours à la neige, vers des destinations lointaines, weekends, etc.). Ces occurrences de grands voyages sont consommatrices en ressources financières. Cela est particulièrement vrai pour les populations bénéficiant d'un bon niveau de vie. A la campagne, on parvient à se sentir plus facilement en vacances à la faveur des soirs d'été et des weekends. De ce fait, les vraies vacances à la campagne ont tendance à se cristalliser autour d'un ou deux grands séjours annuels (bord de mer en France et plus rarement un séjour au ski ou au long cours).  Évidemment, pour des populations vivant près des massifs montagneux ou le littoral ensoleillé le besoin de vacances est plus facile et moins coûteux à satisfaire spontanément. Les habitants de Lille, Strasbourg ou Paris en revanche doivent s'organiser et engager plus de budget pour la même finalité.

Quelles sont les dépenses quasi-obligatoires de la vie à la campagne qu'on ne retrouve pas en ville ?
  • L'usage pratiquement indispensable d'un voire deux véhicules par foyer pour les déplacements liés au travail (manque de transports publics fréquents),
  • La nécessité pressante d'un scooter pour les enfants adolescents,
  • Le jardinage, le bricolage, l'entretien de la maison et les loisirs en extérieur (produits et équipements coûteux),
  • Le coût additionnel représenté par le besoin pour les enfants étudiants de se loger en ville la semaine pour suivre leurs études,
  • Crèches, gardes d'enfants et écoles parfois privées (internats) faute de choix et du fait de l'éloignement de ces infrastructures par rapport au domicile.


Vais-je dépenser moins en vivant à la campagne ?

  • A la campagne, on prend l'habitude de faire plus attention aux dépenses "évitables". On est moins enclins à dépenser. La vie à tendance à se dérouler de façon locale et auto-centrée sur la maison (pour ceux qui ont la chance d'en être propriétaire ou locataire),
  • Les impôts locaux, dans certains départements, peuvent être très inférieurs à ceux pratiqués en ville (un rapport d'un à trois est courant).


Le coût des produits courants est-il vraiment différent ? (pain, huile, sucre, café, etc.)

  • Probablement. Toutefois il est très difficile de comparer. En ville, il existe de nombreux magasins de type discounters. Cela permet d'avoir le choix dans la source d'approvisionnement au niveau d'un périmètre donné. Ce n'est pas le cas en milieu rural où très souvent règne une seule marque de magasins (supermarché) localement. Par conséquent, la marque dominante est libre de pratiquer les prix qu'elle souhaite. Mettant parfois dans l'embarras les épiceries traditionnelles dans la même zone de chalandise. Par ailleurs, si vous résidez dans un hameau un peu distant d'un centre de vie (bourgade), il faudrait, pour avoir une vison plus réaliste des prix, intégrer le coût additionnel engendré par la nécessité de se déplacer en voiture pour faire ses courses.


Ainsi, Baronette, une bloggeuse vivant en continu en milieu rural, après avoir vécu longtemps dans une grande capitale régionale, nous donne son point de vue concret :

"Pour répondre à ta question, je me suis penchée sur les courses. Comme je te l'ai dit, je ne fais pas mes courses en grande surface mais en magasin bio. Alors j'ai comparé mes tickets de caisse des magasins bio en ville et ceux de la petite épicerie bio de ma campagne. Il y a huit produits que j'ai pu comparer car identiques (même marque). Dans les deux cas, sur les huit produits, il y en a sept moins chers dans ma petite épicerie (de 6 cts à 2,49 euros de différence) et un plus cher de 30 cts, sans raison valable puisque ce sont des produits basiques (sucre, yaourts...) et de même provenance. Je pense que les fruits (sauf les fruits exotiques évidemment) et légumes sont également moins chers du fait de la proximité des producteurs. Il en va de même pour le vin (producteurs locaux). La différence, c'est que je dois prendre la voiture pour faire les courses (ce qui n'était pas le cas en ville). Donc le coût de l'essence est à rajouter (10 kms). Dans notre village distant d'un kilomètre, nous avons une petite boulangerie, épicerie qui nous permet de nous ravitailler en cas de manque. Le pain est moins cher qu'en ville et dure plus longtemps. Mais pour l'épicerie, c'est beaucoup plus cher que dans une supérette de proximité en ville".


Plus loin, Baronette ajoute :

"Au final, je pense qu'il n'y a pas une énorme différence de prix entre la ville et la campagne en ce qui concerne l'alimentation, puisque, même si les prix sont légèrement inférieurs dans ma petite épicerie bio, j'ai l'essence en plus et d'autres produits que je paie plus chers (comme le café par exemple qu'on achète à la boulangerie). En revanche au niveau de la qualité, il n'y a pas photo ! Pour la même qualité en ville, il faut soit payer très cher, soit avoir de super adresses. Mais dans ce cas, ce n'est plus à proximité. Et puis à la campagne, on a toujours des possibilités pour faire des économies que l'on n'a pas forcément en ville : faire un potager, avoir quelques poules, des voisins charitables qui prévoient un trop gros jardin..."

On l'aura compris. Pas forcément moins cher, mais sûrement de meilleure qualité ! N'hésitez pas à visiter régulièrement le blog de Baronette et Cie. Ce sont des sujets qu'elle adresse également dans son espace thématique et de façon fort détaillée.


Comment faire pour diminuer ses besoins ? (eau, électricité, chauffage, nourriture, déplacements, etc.)

Ce n'est pas tant les besoins que l'on diminue. Il n'est parfois tout simplement pas possible de les diminuer (incompressibilité). En revanche, les besoins peuvent être adaptés en fonction des ressources locales disponibles.
En effet, la première chose est de considérer qu'à la campagne certaines ressources peuvent être disponibles sur place.
  • le bois pour le chauffage et l'eau chaude,
  • la récupération de l'eau de pluie pour le jardinage voire pour un double circuit d'alimentation en eau après purification (usages domestiques de l'eau),
  • le potager et le verger pour fournir un complément plus ou moins important en produits alimentaires frais,
  • la possibilité accrue de jouer, dans certains cas, la carte des énergies renouvelables (panneaux solaires, petit éolien, chauffage au bois, géothermie) chose plus difficile en ville. Attention toutefois ! Pour rentabiliser ce type d'installation plusieurs années (jusqu'à 10 ans !) sont nécessaires. On ne ressent par conséquent pas les bénéfices toujours immédiatement,
  • le compostage permet d'économiser sur l'achat de terreau et d'engrais. En même temps, on réduit le poids des déchets allant vers l'incinérateur. C'est un gain pour la collectivité.


Les énergies renouvelables, vous les utilisez ? (solaire, eau de pluie, bois, compost, etc.)

Dans mon cas, je suis en cours d'installation d'un poêle à bois qui distribuera de l'air chaud dans toute la maison. Les panneaux radiants ne serviront plus que d'appoint là où aujourd'hui ils servent à chauffer, assez mal d'ailleurs et de façon non économique et non écologique, la maison. J'envisage également l'installation de panneaux solaires pour la production d'eau chaude. Finalement, j'envisage une véranda côté ouest pour créer un "puits de chaleur" au printemps et en automne.

Pour le moment, je récupère l'eau de pluie de façon artisanale sous la forme de deux bacs PVC de 500 litres. Toutefois, je sens la nécessité, dans un avenir proche, d'installer une cuve de 2000 ou 3000 L enterrée et alimentée par les eaux des précipitations provenant des différents toits. Vu les périodes de sécheresse prévisibles ces prochaines années, cela devrait me soulager au niveau du puisage de l'eau. Par ailleurs, je dispose d'un puits dans le jardin que je n'utilise pas pour le moment.


Le chauffage est-il un poste de dépense important ? (vieille maison, pas de murs mitoyens avec les voisins, etc.)

Oui le chauffage et plus généralement l'électricité dans mon cas est, au stade actuel de mon aménagement, un poste important (de 50 à 100 euros / mois). La maison est isolée, donc aucun mur d'un bienveillant voisin pour me fournir quelques calories supplémentaires C'est un inconvénient relatif lorsqu'on habite une maison ancienne isolée. Je rappelle que je n'ai pas fait construire la maison. Elle est là depuis 200 ans !

Comme on l'a déjà vu dans de précédentes notes, il est important de bien isoler sa maison et de couper le maximum de ponts thermiques.


Conclusion

En conclusion, certains postes de vie sont largement inférieurs à la campagne (loyers, impôts, matériaux...). D'autres, comme la voiture ou le chauffage sont plus onéreux si on accepte aveuglément les diktats des modes de vie imposés. Cependant, on ne peut pas vraiment poser la question du coût de la vie uniquement sous l'angle du "coût". Il faut évidemment mettre en parallèle l'aspect "revenus". Et c'est là que le bât blesse. Les revenus, à la campagne, sont très en-dessous de ceux qu'on peut escompter en habitant en ville (jusqu'à 40 ou 50% inférieurs). Le choix d'un poste de travail est moins large en milieu rural, ce qui entraine une mobilité professionnelle réduite. Les distances à parcourir pour se rendre à son travail en véhicule personnel peuvent induire pas mal de frais et de stress mais aussi de risques l'hiver. De plus, occuper un emploi à la campagne, pour un couple, nécessite souvent deux véhicules. Si vous avez la chance de travailler localement ou depuis chez vous, le train de vie à la campagne se révèlera être bien inférieur à celui connu en ville.

Tout le challenge est donc là : comment limiter la baisse de son niveau de revenu par rapport à celui possible dans une grande ville tout en parvenant à diminuer parallèlement ses coûts de vie ?

La réponse, nécessite une réflexion complémentaire sur le développement professionnel à la campagne. Sujet qu'il sera impossible de ne pas aborder dans une prochaine note.

 

N'hésitez pas à enrichir ce débat par des commentaires issus de votre expérience ou vision de la réalité. Votre regard critique sera également apprécié.  

 

Remerciements

Je tiens à remercier chaleureusement Baronette pour ses précieux renseignements. Baronette adresse également ce sujet dans sa note "De l'art de faire ses courses".

03/02/2007

Campagne et logement : une question d'opportunité !

medium_P1052087.JPGToujours dans le cycle "Un journaliste s'intéresse à ce blog" ("Vers un début de notoriété pour ce petit blog"), voici le second sujet sur le logement à la campagne.

Une fois que l'envie de campagne s'installe presque quotidiennement dans vos échanges du soir, la question du logement devient vite centrale. Evidemment, si l'on hérite d'une maison de campagne familiale le choix est pratiquement fait. Toutefois, chacun n'a pas la chance d'avoir une filiation ou un lien campagnard. Dans ce cas, il va bien falloir trouver un port d'attache et sa demeure.

Avant même de commencer à chercher une maison, il est nécessaire de choisir une région. Dans les tout débuts de ma démarche de recherche, vers 1995-96, la région m'importait peu. Seul le critère prix m'intéressait. Je consultais les petites annonces de type PAP ou autres journaux d'annonces (sur papier à l'époque). J'identifiais un bien à 50 000 Francs (env. 7600 euros) et je prenais rendez-vous. L'autre critère était vaguement géographique. A savoir, à deux, trois ou quatre heures de la région parisienne, pourvu que ce soit un lieu de dépaysement. Cette façon de faire s'avéra inefficace et exigeante sur le plan nerveux.

Je me souviens avoir effectué deux déplacements particulièrement épuisants. L'un en Bourgogne, pour m'apercevoir que le bien en vente était en fait une quasi ruine, mitoyen à une autre maison, au bord d'une route et de surcroît exigu. C'est décevant, trois heures de route à l'aller et la même chose au retour. Pour rien ! L'autre expérience s'est déroulée en 2001 dans le Cantal à plus de 600 km de Paris ! C'était un peu plus vicieux. Un site internet immobilier affichait une annonce pour une ancienne ferme cantalienne avec une photo. Sur la photo on voyait une bâtisse en pierres et un toit qui semblaient en bon état. Je prends rendez-vous en demandant bien évidemment les caractéristiques complémentaires au téléphone (état général, surface, voisinage, proximité d'une route, etc.). Le Cantal est une région magnifique. Mon coeur battait la chamade à la vision des paysages traversés. A l'arrivée ce fut plutôt la grande déception. La photographie ne présentait que le côté "sexy" de la ferme. L'autre côté était en voie d'effondrement. De plus, il s'agissait d'une des annexes d'une vaste ferme, une ancienne étable probablement. Le tout assez loin de la première bourgade. Visiblement, il s'agissait d'un exploitant agricole qui cherchait à ne vendre qu'une partie de sa ferme ! A partir de ce moment, j'ai commencé à m'organiser autrement.

Attention, ces techniques de vente font partie de l'arsenal du vendeur. Il vous propose un bien à bas prix sachant à l'avance que vous serez déçu. Ensuite, lorsque vous passez à l'agence, il vous propose des alternatives à un prix nettement plus élevé. Le vendeur compte alors sur votre déception, votre stress et le long chemin parcouru en vain pour essayer de vous vendre autre chose, à un prix plus élevé.


La démarche de recherche adoptée suite à ces mésaventures


J'ai privilégié Internet et les annonces qui proposent une voire plusieurs photos du bien. Internet permet au vendeur de proposer une annonce très détaillée s'il souhaite vendre rapidement son bien et à l'acheteur de se faire une idée avant tout déplacement. Ensuite, je souhaitais m'établir plutôt vers le sud de Paris dans un rayon maximum de 300 km. Le dernier critère était le prix : pas plus de 250 000 Francs (env 38 000 euros). Ces trois axes ont constitué une sorte de méthodologie pour mieux cibler mes recherches. Il ne faut pas oublier tous les autres critères : état du bien, éloignement d'un centre de vie, proximité de nuisances, situation de la maison, terrain, maison de village ou isolée, etc.

Pour ce faire, je me suis focalisé sur le portail immobilier des notaires, immonot.com. Ce portail est remarquablement bien conçu. Il s'agit d'annonces issues du réseau des notaires. Toute la France est couverte et le site est bien documenté. Cela rassure. C'est ainsi que j'ai déniché cette maison de journalier "coup de coeur" aux confins de la Brenne, dans l'Indre. J'ai ensuite contacté le notaire. Deux jours plus tard, je recevais par courrier les détails de la maison, un extrait du cadastre et une photocopie avec plusieurs photographies. Et là, mon coeur s'est réellement mis à battre. Le weekend suivant, je me suis déplacé pour la visiter (265 km) et je signai une promesse d'achat. Ensuite c'est une question d'argent et de possibilité de crédit. Ce premier voyage en voiture m'a permis de m'apercevoir de la singularité et des attraits de la région : tranquilité, bocages, bois et forêts, troupeaux de vaches limousines, châteaux, histoire, petits villages avec des infrastructures... Pour ne pas commettre d'erreur, nous avons rempli la voiture et sommes partis à plusieurs (mon épouse, ma soeur, son compagnon). Histoire de partager cette expérience et d'avoir des avis externes. Toute l'équipée convint que cette maison enfouie dans la végétation était "the" coup de coeur !


Comment trouver à se loger ? Quel canal d’information privilégier (Internet, bouche-à-oreille, agence…) ?

A cette question, il n'y a pas véritablement une seule réponse. Tous les canaux sont bons. Il s'agit avant tout d'opportunité ! Pour bénéficier du bouche à oreille il faut déjà exprimer dans votre entourage votre souhait. Il est possible que sur votre lieu de travail ou dans votre cercle d'amis quelqu'un vous dise :"Ah, mes parents, qui habitent en Bretagne, cherchent un acquéreur." Dans ce cas, vous n'avez pas trop le choix de la région. Vous pourriez aussi identifier un village et aller taper aux portes des gens et en leur demandant s'ils connaissent des gens qui vendent. Ils vous regarderaient certainement d'un drôle d'air et vous orienteraient vers une agence. De plus avec ces méthodes, vous ne verriez pas les petites perles situées en dehors des bourgs.

C'est le métier des agences de mettre en relation des vendeurs et des acheteurs. Or, comment trouver l'agence qui met en vente le bien que vous correspond ? Il faut bien se déplacer pour regarder la vitrine avec les annonces ! Vous pouvez par exemple passer des weekends dans une région qui vous plait et en profiter pour visiter quelques agences en alliant l'utile à l'agréable. Certaines agences font partie de grands réseaux nationaux et disposent d'un site Internet.

Effectivement, de mon point de vue, la meilleure manière pour chercher un bien est d'utiliser Internet. Cela permet d'écrémer plus facilement et d'écarter d'emblée les mauvaises affaires.


Peut-on encore trouver des maisons à prix abordables en province, à la campagne ?

La réponse est : "Oui, on peut !". Ceci étant dit, il faut savoir que certaines régions sont actuellement surcôtées : la Bretagne, le Languedoc-Roussillon, la Côte d'Azur, Marseille, le Périgord, par exemple. La moindre ruine à restaurer se vend en un clin d'oeil. En revanche, il reste des régions où vous trouverez des biens à retaper avec du terrain à partir de 40-50 mille euros. Ainsi, les départements de l'Indre, Creuse, Cantal et certains coins de Bourgogne et du nord-est de la France restent attractifs. En revanche, on peut être déçu au niveau du climat et des loisirs. Il faut bien réfléchir aux aspects sociaux de votre projet. Cela est un autre sujet souvent abordé ici.

Si vous n'aimez pas la campagne, vous pouvez trouver de belles opportunités qu'on appelle "maisons de village" ou "maison de bourg". Il s'agit la plupart du temps de maisons mitoyennes. L'un de mes proches a acquis, il y a deux ans dans l'Indre, une telle maison d'une surface de 76 m² à laquelle il faut ajouter des combles à aménager. Le coût d'achat de ce bien a été de 22 000 euros. Il s'agit d'une personne qui a vécu toute sa vie en région parisienne. Un fois à la retraite, elle s'est aperçue que sa pension ne lui permettait plus de payer le loyer de son appartement de banlieue. Pour éviter l'engrenage du surendettement, je lui avais recommandé de quitter Paris et de devenir propriétaire dans l'Indre. Ce monsieur encore vaillant a donc pris un crédit à la consommation sur quatre ans pour devenir propriétaire de sa maison. Il y a fait quelques travaux d'isolation, plomberie et électricité qui ne lui ont pas coûté trop cher. Son poste logement lui coûte actuellement 400-500 euros par mois sous forme d'un remboursement de crédit. Dans deux ans, le crédit sera remboursé et sa maison ne lui coûtera plus grand chose. Son loyer en région parisienne était de 900-1000 euros !

Ceci étant dit, un projet de maison de campagne peut aussi concerner des familles plus jeunes avec des enfants. Ce sera alors une occasion de se ressourcer et de s'investir dans un projet de rénovation sur plusieurs années en bénéficiant d'un cadre agréable pour les weekends et les vacances. Au bout de quelques années, vous vous rendrez compte si vous êtes fait pour la campagne et si vous parvenez à vous intégrer dans le tissus local. A ce moment là, votre bien retapé et confortable aura probablement pris de la valeur. Vous aurez alors le choix de venir vous installer ou bien de le revendre avec une plus value. A n'en pas douter, des acquéreurs d'Europe du nord seront intéressés. Vous pouvez aussi donc avoir aussi une autre vision des choses, une logique d'investissement. Investir intelligement en profitant des bienfaits de la campagne.


Le plus souvent, faut-il faire de travaux ?

La réponse est oui. On ne peut pas avoir quelque chose à bas prix et qui ait en même temps tout le confort. Or, il y a travaux et travaux. Si le bien acquis est une ruine ou presque, il est évident que votre projet sera une source de coût et de stress. En revanche, s'il ne s'agit que de travaux de mise en confort ce sera un peu plus "fun". Mon conseil est de ne pas se lancer dans la réhabilitation d'un moulin en ruine si vous n'avez pas la patience et le budget pour le faire. Vous risquez de vous décourager et de vous ruiner vous ! Regardez bien la toiture et les murs de la maison. Si la maison est saine et qu'elle tient solidement sur ses fondations, le reste n'est que "bricolage" que vous pouvez étaler sur le temps. Attention à l'absence de fosse septique et à la présence d'amiante. De nombreux toits (dépendances) sont constitués d'un matériau amianté appelé "fibrociment".


Acheter à la campagne, est-ce difficile pour
un citadin ?


Oui et non. Si vous avez quelques économies (les salaires de la ville le permettent parfois), vous trouverez un bien à acquérir pour un prix nettement inférieur à ceux pratiqués en ville. Vous aurez, de plus, des surfaces de logement généralement plus grandes à la campagne. La difficulté pour un citadin n'est pas tellement d'acheter à la campagne mais d'être prêt à changer de mode de vie. On peut tout simplement s'apercevoir qu'on n'est pas fait pour la campagne. Ou bien, votre attrait pour la campagne s'érode suite à un changement de votre situation familiale, personnelle ou professionnelle. Dans ce cas, si vous changez d'avis, vous pouvez toujours revendre et en retirer une plus-value éventuellement.


Quel budget faut-il prévoir ?

On ne peut pas donner une réponse uniquement financière. Cela dépend du type de bien acheté, des frais nécessaires pour le rendre confortable. Ce n'est pas pareil d'acheter une maison de journalier, une longère ou un moulin ! J'ai tendance à croire que la partie restauration coûte autant que la partie achat. Cependant, vous pouvez étaler vos frais de réhabilitation sur plusieurs années. Vous engagez un ou deux chantiers par an selon vos ressources. Pour ce faire, il ne faut pas être trop pressé et savoir bien identifier les priorités dans la séquence des travaux.


Restaurer sa maison ? Comment l’avez-vous vécu ?


Ce n'est jamais fini ! Il me reste à faire l'isolation des fenêtres, une partie de l'électricité, la cuisine (la vraie, la campagnarde !), l'insert ou le foyer, l'isolation des combles, le garage, le cellier, la chambre à la place de l'actuelle cuisine. Vous pouvez consulter la note suivante "Bricoler, retaper et restaurer une maison : partage d'expérience (2)" en forme de pense-bête pour vous rendre compte de l'ampleur des travaux et de l'organisation adoptée.

Conclusion

En guise de conclusion, je dirais que pour trouver un logement à la campagne aujourd'hui il faut user de méthodes modernes (Internet, appareil photo numérique), d'être patient et de croire qu'une réelle opportunité peut un jour se présenter. Il faut aussi provoquer l'opportunité en parlant de votre projet à toute personne que vous rencontrez ou bien d'aller passer quelques weekends (en amoureux, par exemple) dans une région que vous ciblez. Enfin, sachez que si vous optez pour une maison sans grand confort, elle vous coûtera moins cher à l'achat mais vous aurez des frais de restauration. Vous pourrez alors effectuer les travaux nécessaires à votre rythme. Sachez aussi que pour les meilleurs plans, la "petite maison dans la prairie", ça ne se trouve pas facilement. Pour cela, il faudra véritablement prospecter sur le terrain et par conséquent sympathiser avec les gens des hameaux qui sauront vous guider vers le "coup de coeur". Cette démarche est essentiellement humaine, il faut donc être à l'aise dans les relations humaines avec, en face de vous, une culture parfois différente de celle qu'on rencontre en ville. Finalement, à un moment donné, vous risquez de vous rendre compte que les acquéreurs étrangers (britanniques, hollandais entre autres) sont très organisés pour dénicher ces opportunités immobilières de nos campagnes. Il fonctionnent en réseau efficaces. Ce qui peut parfois nous agacer, nous autres français, qui aimons bien prendre le temps de se poser des questions, d'évaluer et comparer. En un mot : soyez opportunistes et faites vous plaisir en même temps.

 

Pour aller un peu plus loin...

Immonot, l'immobilier des notaires
Laposte.net, les petites annonces immobilières
Pap.fr (de particulier à particulier)
Leboncoin.fr, les petites annonces près de chez vous.

21/01/2007

S'installer à la campagne : pourquoi décide t-on un jour de changer de mode de vie ?

medium_IMG_1850.jpgDans la précédente note "Vers un début de notoriété pour ce petit blog", j'annonçais qu'une série de questions destinées à aider un journaliste pour son dossier serait publiée sur "S'installer et vivre à la campagne". Voici donc le premier sujet de notre nouvelle rubrique "Faque des champs" : "Pourquoi décide t-on un jour de changer de mode de vie ?" qui marque le départ pour la constitution d'un dossier complet à paraître dans un magazine.

C'est la première question qu'un(e) candidat(e) à l'installation doit se poser. En général, la décision de changer de mode de vie (de passer d'une vie urbaine à une vie rurale) ne vient pas du jour au lendemain mais découle plutôt d'un long phénomène de réflexion. Dans d'autres cas, on porte un "désir de campagne" enfoui au fond de nous-mêmes pendant de longues années de façon presque physiologique, instinctive (merci Sofye).

Il semblerait que cette lente maturation s'appuie sur trois types de motivations sentiments, qui ne s'excluent pas nécessairement l'un l'autre et souvent indissociables (il est difficile de tenter de rationnaliser des sentiments complexes). Une opportunité peut intervenir comme un acte déclencheur :

- fuir un mode de vie perçu comme désagréable,
- sentiment de bénéficier d'une opportunié pouvant agir en tant que déclencheur de la décision,
- recherche d'une vie plus naturelle ou authentique.

La plupart du temps ces motivations sentiments apparaissent concomitamment lors d'un processus de décision en faveur d'une installation en milieu rural et se traduisent souvent par la convergence d'une aspiration à long terme (merci Mamazon).


Exemple de quelques motivations fondées sur la fuite

- Mal-être ressenti lié au mode de vie urbain :

  • Pollution atmosphèrique et environnement dégradé,
  • Rythmes de vie effrénés et rapport au temps : on peut aisément passer jusqu'à trois heures par jour dans les transports en communs, impression de course permanente pour effectuer les démarches quotidiennes les plus simples (administratives, enfants, crèche, école, horaires de travail qui s'étirent en soirée, files d'attente, difficultés de garer son véhicule, embouteillages...),
  • Sentiment de manque d'espace, de claustration : appartements exigus, manque d'intimité (voisinage omniprésent), densité de population, promiscuité,
  • Absence d'horizon naturel : la seule perspective visuelle reste un environnement construit (bâtiments, tours et infrastructures),
  • Activités : la moindre activité ou loisir en milieu urbain génère un coût, absence d'activités en pleine nature, activités d'intérieur (canapé, télévision, ménage),
  • Coût de la vie (ou "vie chère" comme on dit aussi maintenant) : inflation des loyers (jusqu'à trois fois plus cher en ville qu'à la campagne à surface équivalente), choix limité pour le poste chauffage (monopole de l'électricité et du gaz, une offre en énergies renouvelables restreinte), impôts et taxes sans commune mesure avec ceux de la campagne, sollicitations à la consommation,
  • Aspects sécuritaires : sentiment général d'insécurité (risque d'agressions et probabilité d'être victime d'un attentat plus élevés),
  • Rapports humains : changement de situation suite à une rupture conjugale ou le décès d'un proche, relations familiales ou de voisinage tendues, anonymat, solitude,
  • Santé et bien-être: stress, maladies respiratoires, manque d'activités physiques, souhait d'une "vie meilleure" pour ses enfants.


Exemple de motivations basées sur l'opportunité

- Changement dans la situation personnelle :

  • retraite,
  • naissance d'un enfant (merci Mamazon),
  • mutation professionnelle,
  • opportunité immobilière (héritage),
  • rencontre,
  • maladie...

 

Exemple de motivations liées à la recherche d'une vie plus naturelle ou authentique

- Activités en lien avec la passion de nature :

  • Recherche d'activités en plein air, passions sportives : randonnée, ski, activités nautiques, chasse & pêche, jardinage, restauration de sa maison,
  • Sentiment d'une vie plus écologique : compostage, habitat écologique.


- Renouement avec des traditions locales ou un style de vie :

  • Retrouver ses racines ou ses origines, attrait du folklore,
  • Phénomène de "retour de l'enfant du pays",
  • Attrait de la gastronomie,
  • Lieux chargés d'histoire.


- Raisons climatiques et attrait géographique :

  • Régions plus douces et ensoleillées,
  • Recherche d'un paysage ou d'un terroir particulier,
  • Appartenance ou rattachement à une culture régionale forte (Corse, Pays Basque, Bretagne, Alsace...).


Dans certains cas, les motivations sont d'ordre très personnel comme le désir d'ascèse ou celui d'exercer pleinement sa religion ou spiritualité.

La liste fournie ici n'est pas exhaustive, toutefois elle constitue quelques exemples de raisons plausibles de souhaiter s'éloigner d'un mode de vie urbain.

Le/La candidat(e) à une installation à la campagne ne le sait pas toujours, mais certains désagréments de la vie urbaine ont aussi leur contrepartie à la campagne, en revêtant des formes différentes. Bien sûr, nous avons déjà vu et reverrons que la vie en milieu rural comporte aussi des inconvénients.

Merci pour tous vos commentaires visant à illustrer ou enrichir ces explications sur le désir d'un changement de mode de vie. Les avis qui n'abondent pas dans ce sens sont également les bienvenus. Merci de votre coopération.