05/07/2008

Prospective : vers le retour d'une civilisation de cultivateurs et éleveurs ?

/archive/2008/07/04/potager_slo.jpg Enfin, plutôt vers un mix de société post-industrielle et néolithique. Cet article est volontairement provocateur, mais la vision qui le sous-tend ne l'est pas tant que cela. L'argumentaire ci-après n'est pas basé sur des études mais plutôt sur un "feeling", un ressenti général.

Ce mode de vie sédentarisé où les populations se sont mises à cultiver tout en dépendant encore fortement des activités de cueillette pour subvenir à leurs besoins alimentaires a prévalu du néolithique jusqu'au début du XXe siècle dans les pays industrialisés. Et il continue de façon prépondérante pour une majeure partie de la population mondiale.

Alors que la vie devient de plus en plus chère, on se demande quand se produira le point de rupture. C'est à dire le moment où les gens vont devoir commencer à subvenir eux-mêmes à leurs besoins de base notamment en faisant pousser des légumes ou élever de petits animaux de basse cour. Il le feront soit comme activité d'appoint, soit comme activité principale. Ce sera en fonction de leurs possibilités "techniques" à savoir avoir accès ou pas à un lopin de terre.

Encore faudra-t-il pouvoir le faire ! Car les trois quarts de la population vivent maintenant en ville et majoritairement dans des appartements.

Ceux qui pourront donc mettre du beurre dans leurs épinards sont ceux qui logent dans une maison individuelle avec à disposition un coin de jardin.

Une possibilité très limitée existera aussi pour ceux habitant dans un appartement et disposant d'une terrasse ou d'un balcon. Cela leur permettra de pratiquer du micro-jardinage.

Tous les autres urbains, c'est à dire ceux vivant dans un appartement standard, seront pris au piège et seront probablement dans une situation de totale dépendance alimentaire.

On peut imaginer alors que les états devront instituer de vastes "restaurants du coeur" un peu sur le modèle des tickets de rationnement qui ont eu cours durant la seconde guerre mondiale. Tandis que les autres, ceux disposant d'un jardinet et les populations vivant en milieu rural, vivront une vie qui tendra vers l'auto-subsistance. Nous reviendrons dans un autre billet sur les différences entre auto-subsistance et autarcie.


Pourquoi les populations urbaines vont-elles être piégées ?

Tout d'abord une partie de la population, typiquement celle résidant en grande banlieue, ne pourra plus se déplacer en voiture entre son lieu de résidence et de travail à cause de l'envolée des prix du pétrole qui rendra ces déplacements insoutenables.

Par ailleurs, les prix alimentaires de plus en plus élevés feront s'interroger s'il n'est pas plus avantageux de produire soi même tout ou partie de son alimentation de base plutôt que de travailler de plus en plus dur pour obtenir la ressource financière permettant de l'acquérir.

Car pétrole et nourriture sont liés. En effet, le pétrole est l'un des "intrants" les plus importants de la nourriture : production mécanisée, agro-chimie, transformation alimentaire, conservation, distribution, etc. vont accentuer les prix des produits alimentaires. Bref, notre civilisation étant une civilisation du pétrole, c'est donc ses fondements même qui seront bousculés lorsque le pétrole ne sera plus accessible à la majorité de la population.

La conséquence immédiate de ce phénomène est que les prix de l'immobilier en grande banlieue vont s'effondrer (on constate déjà en 2008 des prémisses de ce phénomène). A l'inverse, les prix de l'immobilier dans les centres ville vont eux augmenter car les gens vont chercher à se rapprocher de leur lieu de travail. Dans un second temps, ce sera l'inverse.

Par conséquent, nous aurons en centre ville une population d'élite, riche et en banlieue les pauvres qui ne pourront plus se déplacer en voiture et seront tributaires de transports publics bondés et de plus en plus vétustes. Des trajets quotidiens de quatre heures seront courants ce qui rendra de plus en plus difficile ce mode de vie basé sur des déplacements banlieue à ville. C'est déjà le cas, mais ce phénomène va s'amplifier. Pour vous faire une idée, vous n'avez qu'à vous souvenir des grandes journées de grève à Paris ! Autant prendre sa journée de RTT que d'essayer d'aller rejoindre son lieu de travail.

Le problème est que les "nouveaux pauvres" seront désoeuvrés dans leur banlieues lointaines étant donné que le marché du travail lui se concentrera plutôt dans les centres. Le marché du travail local va mettre un certain temps à se structurer. Ces populations n'auront donc pas d'autre choix que d'essayer de cultiver leur jardin et élever quelques poules pour se nourrir ou compléter leurs revenus. Bien entendu, ce ne sera pas la seule activité de ces populations. Elles devront en fin de compte cumuler plusieurs activités, certaines rémunératrices d'autres d'auto-subsistance. Toutefois l'ensemble de ces activités seront fortement ancrées dans le local.

Car en effet toute la vie deviendra soudainement très locale et particulièrement ralentie avec une diminution de la fréquence des déplacements motorisés et aussi de leur rayon. A votre avis, pensez-vous trouver un travail correspondant à vos qualifications actuelles dans un rayon de moins de 10 km ? Cela ne le sera possible que dans les grandes villes, à distance de vélo ou dans un environnement disposant d'un réseau de transports urbains dense.

J'entrevois donc que la campagne deviendra tout d'un coup beaucoup plus attractive qu'elle ne l'est à présent. En effet, à la campagne, l'esprit pionnier restera possible. A la campagne une forme d'auto-subsistance sera encore envisageable. La campagne permettra deux types d'auto-subsistance. Attention je ne parle pas d'autarcie pour le moment ! Au contraire, nous aurons de nombreux échanges (et du troc) entre différentes communautés rurales.

La campagne rendra possible :

  • l'autosubsistance alimentaire : jardinage, élevage, cueillette et pourquoi pas pêche ou chasse,
  • l'autosubsistance énergétique : se chauffer avec des sources d'énergie disponibles localement en particulier le bois,
  • le troc qui permettra de recréer les conditions d'une société pérenne grâce à la pratique de l'échange.

Alors, préparez-vous, du moins mentalement, à cette nouvelle civilisation qui n'est pas totalement à exclure. Notez que je ne porte pas de jugement de valeur à savoir si cette nouvelle ère représentera un progrès ou plutôt une régression. Préparons-nous y plutôt joyeusement et pas comme si c'était une catastrophe ! Après tout nous ne devons que renoncer à notre mode de vie actuel fondé sur le tout pétrole. Qui sait si le mode de vie futur ne sera pas finalement meilleur ?

Commentaires

Tu me fais un peu peur ! Heureusement, j'habite une petite ville et je peux me rendre au boulot à pied.
On a beau convaincre les collègues qui peuvent le faire aussi de renoncer à leurs bagnoles, ils sont devenus trop commodes.
Tu sais, les paysans roumains pratiquent depuis toujours cette forme d'auto-subsistance, ils subviennent même aux besoins de leurs enfants qui ont déserté les campagnes.

Bises.

Écrit par : Dana | 08/07/2008

Bonjour Dana,
Merci d'avoir enrichi cette réflexion un peu alambiquée par ton témoignage vivant en direct de Roumanie.
Mon propos justement est de dire que même les urbains chercheront à (auto)produire une partie de leur alimentation ! Bien entendu, les paysans eux continueront non seulement de se nourrir eux mêmes mais également l'ensemble de la population.
Ce que je veux dire c'est que dans le nouveau monde, la campagne sera beaucoup plus prisée qu'aujourd'hui y compris par des urbains endurcis. On peut imaginer que dans une poignée de décennies le rêve de chaque urbain sera de devenir campagnard.
En aparté pour toi, pourquoi avoir peur de ce changement ?
Bises à toi également (ça ne coûte pas d'en donner et contrairement au pétrole c'est inépuisable).

Écrit par : HK | 08/07/2008

Bonjour !

Je cherche desespérément un lien pour vous envoyer un mail ou entrer en contact avec vous... aurais-je mal fouillé votre blog ?

L'e-mail et l'URL donné dans le formulaire sont valides... si vous pouviez faire signe !

Désolé d'avoir fait irruption dans les commentaire de ce billet !

Écrit par : Stan | 09/07/2008

Bonjour HK,

alors tous ces gens de la ville qui n'y connaissent rien vont venir polluer et envahir nos campagne ?
Non je plaisante !!! On les accueillera volontier à condition qu'ils ne veuillent pas faire taire le coq qui chante le matin...

Je pense qu'on ne sait vraiment pas de quoi demain sera fait, et que la vie est pleine de surprises.
Par exemple, il y a 10 ans, je ne savais pas que je ferais un métier comme le mien aujourd'hui car ce métier n'existait pas encore, et dans 10 ans, existera t'il toujours ?

Il y a trop d'enjeux pour que les milions de têtes pensantes qui réfléchissent actuellement ne nous trouve pas une solution de remplacement de ce liquide noir et visqueux...

Écrit par : Luxe campagne | 07/08/2008

Commentaire très très pessimiste ; mais j'adhère totalement.

Voilà deux ans, j'ai fait l'acquisition de plusieurs hectares de terres, de forêts et d'une grande grange sur une commune rurale.

J'aménage petit à petit la grange avec mes arbres sciés dans une scierie locale ; je défriche pour rendre cultivable certaines parcelles ; je plante des fruitiers dans certaines autres non cultivables ; mais il subsiste un très gros problème...

Les terres en pâtures ou cultivées sont sous la main-mise des agriculteurs qui donnent à peu-près 70 € de location annuelle par hectare..... (trarif DDAF).

Pour cultiver des terres, il faut un tracteur, un hangard à proximité, une grange pour stocker les récoltes.....

Or les terrains de ce type sont déjà construits et donc, quasiment impossible de recréer une entité viable.

A terme, j'aurais une habitation, 6 hectares pour me nourrir et me chauffer mais pas de quoi stocker les aliments.

En discutant avec les anciens du cru, je me rends compte que l'auto subsistance nécessitait non seulement beaucoup de bâtiments annexes mais surtout beaucoup de main d'oeuvre. Ils m'expliquaient que ce n'est pas la loi qui a permis l'éducation des enfants ; mais l'utilisation des tracteurs agricoles qui les ont libérés des travaux des champs....

Je persiste à penser que les coûts de transports imposeront un raccourcissement des distances production-consommation et que la politique de remembrement imposée par l'Etat au travers de la SAFER crée une caste de néo-seigneurs tout-puissants propriétaires du foncier et des matériels (largement subventionnés) nécessaires à l'exploitation des terres.

Écrit par : henri F | 14/08/2008

Coucou, il y a quelqu'un ?

Écrit par : Dana | 17/08/2008

bonjour HK

Si cela ne vous ennui pas je me permet un peu de pub pour mon blog..

http://jaleschesencreuse.hautetfort.com/

Blog tout "neuf" dédié à la Creuse et particulièrement le village de Jalesches...

Merci à vous.

Écrit par : philippe | 31/08/2008

Bonjour,
je ne sais pas si votre billet est "pessimiste", je le trouverais presque "optimiste" au contraire ! Oui, le monde est en train de changer, et ce changement est beaucoup plus rapide que tous les changements précédents, mais faut-il s'en désoler ? On en est arrivé à trouver normal de prendre l'avion pour aller voir une expo à Rome, faire les soldes à Londres ou aller assister à une réunion d'affaires à Tokyo, est-ce qu'on ne marche pas sur la tête ? Il va falloir réapprendre des tas de choses, renoncer à beaucoup, et alors ? Cette nouvelle vie sera plus proche du rythme des saisons et, une fois de plus, la nature aura gagné...

Écrit par : Charlotte | 09/09/2008

Bonjour,
je ne sais pas si votre billet est "pessimiste", je le trouverais presque "optimiste" au contraire ! Oui, le monde est en train de changer, et ce changement est beaucoup plus rapide que tous les changements précédents, mais faut-il s'en désoler ? On en est arrivé à trouver normal de prendre l'avion pour aller voir une expo à Rome, faire les soldes à Londres ou aller assister à une réunion d'affaires à Tokyo, est-ce qu'on ne marche pas sur la tête ? Il va falloir réapprendre des tas de choses, renoncer à beaucoup, et alors ? Cette nouvelle vie sera plus proche du rythme des saisons et, une fois de plus, la nature aura gagné...

Écrit par : Charlotte | 09/09/2008

Bonjour,

Un changement de civilisation ?

En 2005, les échanges mondiaux représentaient plusieurs milliards de milliards de dollars, sur toute cette masse monétaire en circulation, seul 2,5 % représentaient des échanges de marchandises.....

L'économie virtuelle, nous y voilà...

Alors le retour vers l'agriculture et l'autosuffisance, sera très difficile car dès que de la richesse même pour l'"autoconsommation" est créée, une cohorte d'ayants droits s'invite : assurances, banques, collectivités publiques, etat, notaires, avocats....

Petite constatation, la récolte des noix approche et de plus en plus de propriétaires installent des panneaux d'interdiction de vol ; signe que les chapardages se multiplient peut-être du fait du renchérissement des produits agricoles ?

Écrit par : henri F | 10/09/2008

Merci à tous de contribuer au débat par vos idées très intéressantes. Bien entendu, ce sujet est de nature prospective, c'est davantage un 'essai' qu'une certitude.

La question centrale pour moi est :"La progression de la civilisation telle que nous la connaissons aujourd'hui et les rythmes actuels sont-ils tenables pour permettre le bonheur global de l'humanité ?".

J'admets que ma question est compliquée, mais il s'agit bien de réfléchir au bonheur de l'humanité en partant du principe que chaque être humain à droit à un bonheur minimum.

Il semble bien que l'abondance pour certains créé de la rareté pour d'autres.

Bonne continuation.

Écrit par : HK | 10/09/2008

Bonjour,
Je ne sais pas si vous dites vrai mais ce qui est certain, c'est qu'on se sent beaucoup moins vulnérables en campagne qu'en ville. Un sentiment d'être "à l'abri", protégé (car en capacité d'autosubvenir à ses besoins) si le monde explose.
Je rebondis sur votre texte dans le post "à l'abri" sur mon blog : http://neocampagne.wordpress.com
C'est un tout nouveau blog sur la campagne et le développement rural.
A bientôt !

Écrit par : emma | 16/10/2008

La terre suffit aux besoins de tous mais pas à l'avidité d'un seul.

Dans mon projet d'installation, la recherche d'une grange est le point le plus épineux.

J'avais trouvé avec l'appui du Maire, le moyen de contourner la loi ; un agriculteur, prête-nom, dépose un permis de construire sur un de mes terrains agricoles pour lequel je lui aurais fait un bail d'exploitation de 9 ans.
Mais voilà le seul paysan contacté avec lequel je n'ai pas été en compétition pour l'achat de terres ou de bois, s'est rétracté après avoir accepté l'idée (ainsi qu'une rémunération en k€...

Il se trouve qu'il échange des terrains avec un autre de mes locataires dont j'ai compliqué la tâche en achetant des prés au prix du marché alors qu'il les attendait 5 fois moins cher.

Donc, entente entre eux pour empêcher un autre de constituer une entité viable.....

Je suis assez dégoûté, il ne me reste qu'à attendre la vente d'une parcelle en terrain constructible (et je sais que nous sommes déjà 6 dessus) pour y construire une grange.

Le film jean de Florette est très vrai, dans la campagne, on tue à petit feu, très doucement, ils ont le temps et les moyens.

Après, il ne leur reste qu'à ramasser les miettes.

Mais pas de chance pour eux, j'ai déjà une habitation ailleurs, je suis fonctionnaire et c'est par goût que je choisi ce mode de vie.

Donc, je peux me permettre d'attendre et de faire monter les prix.

Dommage....

Écrit par : henri f | 22/10/2008

Je cherchai à vous joindre, mais je n'ai pas trouvé d'adresse !?

Voila, j'avais un petit appel à déposer :
Nous sommes une association de parents et d'amis de l'école communale. Souhaitant se battre contre la fermeture de notre école, nous recherchons des familles souhaitant s'installer dans le Cantal. Le village est situé dans une magnifique vallée au coeur de mont d'Auvergne, près de St Flour. Contactez moi : fleur.stimamiglio@voila.fr

Merci

Écrit par : fleur | 11/11/2008

Bonjour emma,
Merci pour votre intervention et de nous avoir informé au sujet de l'existence de votre blog ! Le fait de se sentir "moins vulnérable" à la campagne n'est peut-être qu'un point de vue voire un a priori (et je suis moi-même conscient qu'on idéalise peut-être exagérement le rôle salvateur de la campagne). En effet, la campagne connait aussi des plaies : la pollution, par exemple. Il n'y a qu'à voir... Le Monde récemment a publié un article au sujet de traces de pollution urbaine décelées à 5000 m d'altitude dans l'Himalaya. C'est pour dire la vulnérabilité des différents milieux qui sont interdépendants !
Si le monde "explose" comme vous le craignez (et vous n'êtes pas la seule) il n'y aura d'abri nulle part. La situation sera dramatique pour tout type de population et la solution ne pourra être que globale (donc concerner tout le monde pays riches comme pays pauvres, populations urbaines comme rurales). Cela passera probablement par des solutions axées sur davantage de solidarité et de partage de ressources rares et communes (terres cultivables, air propre, eau potable, etc.).
A bientôt,

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Bonjour henri,
Je comprends votre amertume. Hélas, je n'ai pas de recommandations à vous faire car je ne suis pas très compétent dans ce domaine. Tenez-nous au courant !
Bonne continuation,

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Bonjour fleur,
Le meilleur moyen de me joindre est via ce blog ! Vous avez donc utilisé le meilleur moyen ;-)
Je comprends votre combat. Même si à court terme les campagnes tendent à être désertées (et donc le service public également dans son sillage) je ne suis pas sûr que cette tendance continuera dans les prochaines années. Je pronostique (mais je peux me tromper évidemment) comme un retour en force des campagnes. Mon sentiment est que la ville deviendra de plus en plus invivable pour nombre d'entre nous. Pollution, stress, vie chère, isolement, absence de solidarité ne sont que quelques uns des désagréments qui feront réfléchir les actuels citadins.
Votre message est passé, j'espère de tout coeur pour votre village que votre appel trouvera des oreilles attentives.
Faites-nous un petit retour s'il vous plait d'ici quelques temps.
A bientôt,

Écrit par : HK | 13/11/2008

Les gens prendront le TGV, qui deviendra beaucoup plus abordable !

Écrit par : Sébastien | 19/08/2010

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