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11/03/2007

Les ragondins : ces aliens venus d'ailleurs

medium_IMG_2110.jpgQui l'eût cru, la Marne est presqu'en crue ! Il manque à peine un mètre pour que l'eau commence à taquiner les pieds qui foulent la promenade. C'est étonnant ! D'où provient toute cette eau ? Il n'y a pas de montagnes couvertes de neige en amont. A moins qu'il y ait une sorte de délestage quelque part. Peu importe ! La Marne n'est qu'un prétexte pour parler de ces rongeurs qui colonisent de plus en plus notre pays.

En l'occurrence, les bords de Marne, à quelques encablures de son point de jonction avec la Seine, semblent offrir des conditions idéales à l'établissement durable de ces étranges hôtes aux dents hypertrophiées d'un orange assez flashy !

Le ragondin (Myocastor coypus) n'est pas une espèce de chez nous. Ce rongeur à la sympathique tête de castor nous vient tout droit d'Amérique du Sud. Il a été introduit en France dans les années 1920 à des fins d'élevage. Souvenez-vous dans les greniers et armoires de vos grands parents (ou parents pour certains !) de ces lourds manteaux de fourrure au poil ras et dru ! Il est fort à parier que c'est de la toison de ragondin ! Il faut dire que le poil de ragondin sèche rapidement en cas de contact avec l'eau. C'est ce qui a peut-être attiré les fourreurs de l'époque qui y ont vu une ressource somme toute fonctionnelle et relativement cheap.

Il se trouve que la mode "rag" a vite passé, remplacée probablement par les vêtements synthétiques qui se sont généralisés après la seconde guerre mondiale. Au final, ces esclaves débonnaires de nos élevages se sont retrouvés libres dans nos canaux, rivières et étangs.

Ils se sont visiblement vite adaptés à nos conditions climatiques et biotopes puisqu'ils ont mis à peine quelques décennies pour se disperser sur tout le territoire. Qui sait si le réchauffement climatique en cours chez nous ne lui est pas propice !

Outre ses capacités biologiques et d'adaptation exceptionnelles (absence de prédateurs, croissance, reproduction...), on l'accuse de transmettre des parasitoses à nos animaux domestiques, causer des dégâts importants aux cultures et fragiliser les berges. En effet, ce bestiau essentiellement herbivore se délecte de maïs et d'écorces d'arbres qu'il est capable d'éplucher avec ses puissantes incisives. En milieu urbain, comme sur les bords de Marne, les promeneurs du dimanche lui filent carrément du pain rassis. Cela fait la joie des enfants qui voient pour la première fois un assez gros spécimen d'animal sauvage. Plus besoin d'aller en forêt pour observer la faune, la nature s'installe  en ville ! A ce propos, j'ai croisé il y a deux ou trois mois en pleine nuit un renard au bord d'une route longeant le Bois de Vincennes. Il marchait tranquillement, nullement inquiété par le passage des voitures. Et il n'est pas rare de voir des fouines passer d'un jardin à l'autre en pleine nuit en banlieue parisienne.

Hormis sa fonction passée de fournisseur officiel de fourrure, le public voit aujourd'hui en le ragondin plus d'inconvénients que d'avantages. Et ce n'est pas la consommation marginale de pâté ou de ragout de ragondin qui lui permettra de retrouver une forme de rédemption !

Au-delà, du fait que le ragondin est un "alien" dans notre paysage et qu'il soit considéré comme nuisible, prenons un peu de recul et interrogeons-nous pourquoi faudrait-il considérer cet animal comme indésirable ?

Est-ce que le ragondin est venu tout seul à la nage chez nous ?
A t-il construit les digues et les berges qui ont fait disparaitre les marécages, son milieu natif ?
A t-il fait une offre de services pour vendre sa peau à nos aïeux ? Une sorte de partenariat commercial...

Et maintenant, au nom de quoi faudrait-il donc l'exterminer en le piégeant ou en l'empoisonnant ? On parle de régulation, c'est plus politiquement correct. Aujourd'hui, un être vivant autre que l'être humain qui par ruse ou par capacité s'adapte et se développe devient un ennemi public numéro un !

Il serait plus judicieux que nous devenions enfin responsables de nos actes et fassions preuve d'honnêteté intellectuelle. Soit, au nom de la liberté de commercer, on prend des risques en introduisant dans notre milieu de nouveaux paramètres et on les assume jusqu'au bout, soit on admet que notre système peut fonctionner avec les ressources disponibles localement.

A partir de ce moment, ce n'est pas la peine de venir cataloguer ces espèces animales qui font preuve de remarquables capacités d'adaptation dans la catégorie nuisibles ou indésirables. Elles ne sont nuisibles que par rapport à l'homme et à son entreprise de conquête de la nature. Il faudrait vraiment que l'humanité apprenne à se regarder un peu au fond des yeux et qu'elle se débarrasse définitivement de sa vision anthropocentrique de la nature. A chaque fois que l'être humain a touché à un équilibre préexistant, cela s'est traduit par de grandes catastrophes. Et ce n'est pas prêt de s'arrêter avec l'irrémédiable mondialisation. La main de l'homme, dans son oeuvre de transformation, accélère des processus qui prennent habituellement des millions d'années à se dérouler. Bref, maintenant il ne reste plus qu'à "réguler" ! L'homme, ce grand régulateur de la vie !

Le véritable problème, ce n'est pas le ragondin. Le problème et sa solution c'est l'homme lui même ! Il faut retrouver le chemin du bons sens et renouer avec la nature de laquelle nous sommes tous issus. Ou bien, accepter avec humilité que d'autres espèces assument la conquête du monde aux côtés du type homo sapiens.

C'est triste mais cet animal est passé du statut d'animal utilitaire à celui de nuisible sans même être passé par celui de gibier. Il est juste considéré comme nuisible. En gros il ne sert à rien et il faut l'éliminer ! Quoi qu'il en soit il est maintenant une proie pour les hommes à défaut d'avoir d'autres prédateurs chez nous.


A ce propos, même certaines associations écologistes parlent de la "lutte contre le ragondin" !

 


Ragondins
envoyé par HK

 


Pour plus d'informations sur le ragondin


La Ligue Roc
La Fondation Nicolas Hulot
Association des piègeurs de l'Ain
Marmiton - Ragout de ragondin

Commentaires

Ne pas oublier de mentionner la leptospirose
"Une étude a été réalisée afin d'évaluer la sérprévalence (importance de la présence sérologique) de la leptospirose chez le ragondin, donc la contribution de ce dernier à l'épidémiologie de la maladie. Les bactéries impliquées (leptospires) ne sont pas pathogènes pour le ragondin qui peut être porteur sain, mais peuvent causer des maladies graves chez l'homme et certains animaux domestiques."
http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt;=13462777

Ecrit par : John | 12/03/2007

@John !
Merci pour ton intervention qui complète bien le sujet. Je n'avais pas cité la leptospirose mais je l'avais évoqué. C'est vrai qu'il vaut quand même mieux se méfier et pas trop toucher tout ce qui aurait pu être en contact avec ces animaux, notamment leur selles. Pareil pour les chiens et chats, faut pas trop leur laisser renifler leurs déjections ou les restes de nourriture ni même les cadavres de ces animaux. Mais bon ils ne sont pas les seuls animaux à colporter des maladies pathogènes. Certains ont la rage, d'autres ont des virus... Faut faire avec et être prudent. Bonne continuation.

Ecrit par : HK | 12/03/2007

Là je dis non ...
Le problème des animaux accidentellement introduits c'est justement qu'ils font preuve "de remarquables capacités d'adaptation" à l'excès.

Pour les associations écologistes et les écologues, le ragondin comme le rat musqué, sont deux herbivores qui mettent la biodiversité a mal (c'est vraiment là que le bât blesse). Ces fouisseurs, en dehors du fait qu'ils dégradent les digues et autres ouvrages, facilitent le sapement des berges et leur érosion. Certes ils ne font pas de concurrence au castor, mais celui-ci a néanmoins un impact positif sur son milieu (voir le recépage qui stabilise les berges) ce que n'ont pas les deux autres.Le castor induit un enrichissement biologique, alors que les deux autres, non.
La question se poserait moins si en France, ces animaux n'étaient pas libérés de la pression des prédateurs. D'ailleurs ils ont une fécondité élevée qui correspond aux contraintes de leur milieu d'origine. Le castor, n'ayant pas de prédateurs, a une fécondité faible, en équilibre avec son milieu.

Une espèce introduite présente en général un risque pour l'écosystème d'accueil. En Australie, les dingos en tant que prédateurs puis les lapins en tant que concurrents ont participé à la raréfaction voire la disparition de pas mal d'espèces marsupiales.
J'en avais parlé sur mon blog, mais renouée du japon, l'ambroisie, etc ... et même le buddelia sont considéré comme nuisibles, car ne laissent plus de place aux espèces autochtones.
Enfin pour revenir au milieu du ragondin, c'est à dire la rivière, il n'est pas question de laisser la tortue de Floride prendre la place de la cistude (même si c'est ce qui est en train d'arriver) ni la jacinthe d'eau envahir la surface (même si il est reconnu qu'elle a un pouvoir d'épuration remarquable).
Rare sont les espèces introduites (volontairement ou non) qui trouvent leur place dans l'écosystème.

Je dirais que certains hommes sont à l'origine de ces "bévues" (et ne les assument pas) , tandis que d'autres tentent de les réparer.
En tapant ça , ça me fait bizarrement penser aux cas de certains pétroliers ...

Ecrit par : Din-Diu | 13/03/2007

@DinDiu,
Tout d'abord merci pour cette remarque très importante. Inutile de dire sue je suis complètement d'accord. Mon billet est rédigé sur le ton de l'ironie. Ces animaux introduits ne sont pas faits pour nos biotopes et nuisent à la biodiversité locale. Mais pour une fois, je ne voulais pas taper sur la tête de ces animaux dits "nuisibles". J'ai donc décidé de reporter ma colère sur l'être humain, cet autre animal nuisible ! Je veux que l'être humain commence enfin à réfléchir à tous ses actes, qui la plupart du temps se font en fonction d'impératifs commerciaux. A chaque fois, pour des raisons de pur business, on prend des risques fous !

Evidemment, maintenant il nous reste plus qu'à réguler (piéger, empoisonner, déterrer...), qu'est ce qu'on peut faire d'autre ? Mais savons-nous vraiment tirer des leçons de nos agissements insensés ?
Je suis vraiment pessimiste. Ca va finir que l'espèce humaine sera la seule à plus ou moins survivre avec son cheptel d'animaux domestiques et utilitaires. Voilà ! On aura gagné !

Ecrit par : HK | 13/03/2007

l'ironie est une chose qui passe mal sur les blogs, et le pire c'est que je suis le premier à faire de l'ironie :-p

En matière de stratégie r/K ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Mod%C3%A8le_%C3%A9volutif_r/K )
où les espèces K (stratégie du long terme) sont celles qui exploitent "intelligemment" les ressources, et où le nombre d'individus est équilibré (par rapport à la nourriture, l'espace occupé, ..),

où les espèces r (stratégie du court terme) sont invasives, et exploitent leurs ressources sans compter jusqu'à leur propre perte,

et bien l'homme n'est ni une espèce r ni une espèce K, mais un truc à mi-chemin de l'un et de l'autre, ce qui est lourd de sens ...

Ecrit par : Din-Diu | 13/03/2007

Bonjour

Le ragondin , bien avant le maîs avait agressé gravement le marais poitevin.Il attaquait les berges et empêchait ainsi la circulation de l'eau. Les conches mal entretenues plus le ragondin entamaient le quadrillage serré des canaux principaux et secondaires.

Pourtant il n'effayait pas trop car il avait une façon d'éradiquer les maïs ...à faire pâlir d'envie José Bové.

Ce fameux maïs même non ogm a beaucoup plus fait pour détruire les paysages que les ragondins de toute la planète réunis.

Je persiste à les trouver sympathiques : ne serait-ce que pour vérifier l'adage "les ennemis de mes ennemis sont mes amis".

Pourtant il se pourrait que Myocastor coypus = Caulerpa "godzilla"...Alors...???

Cordialement

Le furtif

Ecrit par : le furtif | 17/03/2007

@Le Furtif,
Hello ! Oui c'est toute l'ambivalence du personnage "ragondin" ! Autant, c'est un animal sauvage peu craintif qui se laisse observer facilement et qui de plus a une tête sympathique, autant il cause de gros dégâts notamment aux berges !

Tout serait si simple s'il n'était pas si envahissant ! Donc aujourd'hui, il n'y a pas d'autres moyens que de le "réguler".

C'est donc cela qui me met en rogne ! L'homme introduit des espèces d'autres régions du monde, souvent pour des raisons de business. Puis il les relâche soit par étourderie soit par manque de vigilance. Et ensuite, il faut exterminer pour retrouver les équilibres antérieurs. C'est à chaque fois la même chose ! On devrait se contenter d'élever les ressources qu'on trouve localement. Pas de faire venir des espèces d'ailleurs ! Sauf si on peut maitriser comme c'est le cas avec les plantes potagères. Quand donc va t-on comprendre cela ?

Ecrit par : HK | 18/03/2007

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