« 2006-12 | Page d'accueil | 2007-02 »

31/01/2007

Petite pause respiration

/archive/2007/01/medium_IMG_1906.jpgMardi 30 janvier - 9:10, Petite pause oxygénation sur le pont qui traverse le périph à Porte de Montreuil.

 

22/01/2007

Cashback, le film de Sean Ellis (Donnez de la beauté au temps)

/archive/2007/01/medium_toto.jpgS'il y a quelque chose que je ne regrette pas d'avoir fait ce weekend (parisien) c'est bien d'être allé voir le film "Cashback" de Sean Ellis. Alors, comment dire ? Un film multi-facettes un peu déroutant dans son genre mélant déboires sentimentaux de post-adolescents, humour désopilant britannique et surtout une réflexion approfondie sur le sens du temps, la beauté plastique du corps et la volonté d'un jeune homme éconduit de transformer la boue de la vie en or grâce à son talent.

Un étudiant des Beaux-Arts, Ben, devient insomniaque après s'être fait larguer par sa copine. Or, pour passer le temps "extra" que lui procure la vie dans son malheur, il acquiert la faculté d'arrêter le temps, de tout simplement le figer comme s'il appuyait sur la touche "pause". Cette possibilité lui permet donc de contempler à volonté la nudité féminine et ainsi de capter ces instants pour les immortaliser sur sa toile. Pour tromper son insomnie, il accepte un job nocturne dans un magasin de la chaîne Sainsbury dans lequel il exerce son art au sein d'une drôle d'équipe. Le scénario n'a rien d'enivrant. En revanche, les artefacts filmiques sont tout simplement fabuleux. Imaginez-vous évoluer dans un monde figé, au milieu de personnages comme photographiés autour desquels vous pourriez tourner et toucher à loisir. De la photo 3D en quelque sorte ! La beauté des corps féminins est évidemment mise en avant mais de façon artistique, sans une once de vulgarité mais toujours dans une approche sensuelle voire érotique maîtrisée.

Quelques scènes d'un humour très british et un peu poussives viennent paradoxalement égayer un fond globalement mélancolique et légèrement dramatique. Mais il ne faut pas s'en formaliser. La véritable puissance de ce film émane surtout de la dimension esthétique donnée au temps, en cela c'est une approche qui me semble particulièrement audacieuse et originale. Ce film sera probablement perçu comme un bide par l'opinion de masse, et pourtant qui n'a jamais rêvé que nos rêves les plus impossibles ne deviennent réalité, dans nos moments de profonde tristesse. C'est de cela qu'il s'agit dans ce film à la dimension largement onirique et la portée résolument philosophique.

Ah oui, j'allais oublier quelque chose ! La bande originale du film est particulièrement soignée. Quelques nappes instrumentales un peu dramatisantes viennent rappeler que l'histoire est mélancolique (ah les turpitudes d'un amour brisé !). On y trouvera, entre autre, un titre bien prenant "Inside" de Bang Gang, le célèbre "Power of love" de Frankie Goes To Hollywood, un titre des années 80 dont les membres de la Génération X devraient se souvenir,

Les acteurs sont encore peu connus mais qu'importe ! "Cashback" (qu'on pourrait traduire par 'remboursement') est un film dont l'acuité ésthétique ne vous laissera de toute façon pas indemne. Attention ! L'affiche du film est très efficace  !


podcast


http://www.cashback-lefilm.com/

http://www.gaumont.fr/films/cashback/index.html 

21/01/2007

S'installer à la campagne : pourquoi décide t-on un jour de changer de mode de vie ?

/archive/2007/01/medium_IMG_1850.jpgDans la précédente note "Vers un début de notoriété pour ce petit blog", j'annonçais qu'une série de questions destinées à aider un journaliste pour son dossier serait publiée sur "S'installer et vivre à la campagne". Voici donc le premier sujet de notre nouvelle rubrique "Faque des champs" : "Pourquoi décide t-on un jour de changer de mode de vie ?" qui marque le départ pour la constitution d'un dossier complet à paraître dans un magazine.

C'est la première question qu'un(e) candidat(e) à l'installation doit se poser. En général, la décision de changer de mode de vie (de passer d'une vie urbaine à une vie rurale) ne vient pas du jour au lendemain mais découle plutôt d'un long phénomène de réflexion. Dans d'autres cas, on porte un "désir de campagne" enfoui au fond de nous-mêmes pendant de longues années de façon presque physiologique, instinctive (merci Sofye).

Il semblerait que cette lente maturation s'appuie sur trois types de motivations sentiments, qui ne s'excluent pas nécessairement l'un l'autre et souvent indissociables (il est difficile de tenter de rationnaliser des sentiments complexes). Une opportunité peut intervenir comme un acte déclencheur :

- fuir un mode de vie perçu comme désagréable,
- sentiment de bénéficier d'une opportunié pouvant agir en tant que déclencheur de la décision,
- recherche d'une vie plus naturelle ou authentique.

La plupart du temps ces motivations sentiments apparaissent concomitamment lors d'un processus de décision en faveur d'une installation en milieu rural et se traduisent souvent par la convergence d'une aspiration à long terme (merci Mamazon).


Exemple de quelques motivations fondées sur la fuite

- Mal-être ressenti lié au mode de vie urbain :

  • Pollution atmosphèrique et environnement dégradé,
  • Rythmes de vie effrénés et rapport au temps : on peut aisément passer jusqu'à trois heures par jour dans les transports en communs, impression de course permanente pour effectuer les démarches quotidiennes les plus simples (administratives, enfants, crèche, école, horaires de travail qui s'étirent en soirée, files d'attente, difficultés de garer son véhicule, embouteillages...),
  • Sentiment de manque d'espace, de claustration : appartements exigus, manque d'intimité (voisinage omniprésent), densité de population, promiscuité,
  • Absence d'horizon naturel : la seule perspective visuelle reste un environnement construit (bâtiments, tours et infrastructures),
  • Activités : la moindre activité ou loisir en milieu urbain génère un coût, absence d'activités en pleine nature, activités d'intérieur (canapé, télévision, ménage),
  • Coût de la vie (ou "vie chère" comme on dit aussi maintenant) : inflation des loyers (jusqu'à trois fois plus cher en ville qu'à la campagne à surface équivalente), choix limité pour le poste chauffage (monopole de l'électricité et du gaz, une offre en énergies renouvelables restreinte), impôts et taxes sans commune mesure avec ceux de la campagne, sollicitations à la consommation,
  • Aspects sécuritaires : sentiment général d'insécurité (risque d'agressions et probabilité d'être victime d'un attentat plus élevés),
  • Rapports humains : changement de situation suite à une rupture conjugale ou le décès d'un proche, relations familiales ou de voisinage tendues, anonymat, solitude,
  • Santé et bien-être: stress, maladies respiratoires, manque d'activités physiques, souhait d'une "vie meilleure" pour ses enfants.


Exemple de motivations basées sur l'opportunité

- Changement dans la situation personnelle :

  • retraite,
  • naissance d'un enfant (merci Mamazon),
  • mutation professionnelle,
  • opportunité immobilière (héritage),
  • rencontre,
  • maladie...

 

Exemple de motivations liées à la recherche d'une vie plus naturelle ou authentique

- Activités en lien avec la passion de nature :

  • Recherche d'activités en plein air, passions sportives : randonnée, ski, activités nautiques, chasse & pêche, jardinage, restauration de sa maison,
  • Sentiment d'une vie plus écologique : compostage, habitat écologique.


- Renouement avec des traditions locales ou un style de vie :

  • Retrouver ses racines ou ses origines, attrait du folklore,
  • Phénomène de "retour de l'enfant du pays",
  • Attrait de la gastronomie,
  • Lieux chargés d'histoire.


- Raisons climatiques et attrait géographique :

  • Régions plus douces et ensoleillées,
  • Recherche d'un paysage ou d'un terroir particulier,
  • Appartenance ou rattachement à une culture régionale forte (Corse, Pays Basque, Bretagne, Alsace...).


Dans certains cas, les motivations sont d'ordre très personnel comme le désir d'ascèse ou celui d'exercer pleinement sa religion ou spiritualité.

La liste fournie ici n'est pas exhaustive, toutefois elle constitue quelques exemples de raisons plausibles de souhaiter s'éloigner d'un mode de vie urbain.

Le/La candidat(e) à une installation à la campagne ne le sait pas toujours, mais certains désagréments de la vie urbaine ont aussi leur contrepartie à la campagne, en revêtant des formes différentes. Bien sûr, nous avons déjà vu et reverrons que la vie en milieu rural comporte aussi des inconvénients.

Merci pour tous vos commentaires visant à illustrer ou enrichir ces explications sur le désir d'un changement de mode de vie. Les avis qui n'abondent pas dans ce sens sont également les bienvenus. Merci de votre coopération.

13/01/2007

Vers un début de notoriété pour ce petit blog ?

medium_IMG_1232.2.jpgPeu avant Noël, "S'installer et vivre à la campagne", petit blog décrivant les pérégrinations d'un urbain qui tente de s'installer à la campagne, a reçu la visite d'un commentateur un peu particulier. Ce visiteur venu d'une autre dimension médiatique est un journaliste de la presse magazine. J'étais à des années lumières de croire (espérer) qu'un jour le "quatrième pouvoir" s'intéresserait à cet alignement de chaînes de caractères bucolique, à cette 'fixette' sur la possibilité d'une vie meilleure quelque part entre nature et modernité !

Comment les hasards de la séréndipité (l'art de trouver quelque chose par hasard sans qu'on l'ait cherché) ont-ils pu amener un journaliste de la presse à accoster sa pirogue sur les rives numériques d'une vie au vert fantasmée ? Je l'ignore. Il n'existe pas encore de moteur de recherche blog entièrement dédié à la blogosphère francophone qui soit une référence universellement reconnue. Il en existe bien quelques uns (Blogdimension, par exemple), mais cela reste pour le moment très disparate contrairement au monde du web.

Peu importe, le fait que ce journaliste s'intéresse de près aux potentialités de la vie à la campagne indique que ce thème est amené à prendre de l'ampleur dans les prochaines années.

Ce journaliste intervient pour un bimestriel "distribué dans 11 000 kiosques à travers toute la France, et comptant environ 60 000 lecteurs. Le but avoué du magazine est d'augmenter les revenus disponibles du lecteur de 30 %. Il bénéficie de nombreux passages à la télé y compris sur TF1. Ce magazine essaie de montrer comment on peut vivre mieux, sans se priver, en passant autant par les gains d'argent que par les économies du quotidien. Loin d'être un magazine pour radins, il défend au contraire la consommation intelligente". Pour des questions de confidentialité, je ne citerai pas le nom du magazine. Il n'est pas impossible que ce journaliste intervienne directement ici pour fournir des détails.

On est pile-poil dans le sujet avec "S'installer et vivre à la campagne" même si ce blog ne se limite pas qu'aux aspects pécuniaires. Il s'interroge également sur la place de l'être humain au sein de son environnement et au sein d'une civilisation qui tend à devenir de plus en plus urbaine, rationnelle et "bétonnée" et ce à l'échelle planétaire (50% de la population mondiale vivra en ville à la fin de cette décennie). A ce rythme, on peut se poser la question de l'impact qu'aura l'empreinte humaine sur les zones encore sauvages de la terre. Quel est donc le scénario : une terre recouverte d'un vaste réseau de mégalopoles et un "derrière", un "outback" sauvage, préservé... un peu comme le suggère le film Blade Runner ? Ou bien l'étalement urbain rongera t-il peu à peu la totalité des terres encore vierges ? A moins que ce soit tout autre chose ? Et parmi ces scénarios, quel rôle jouera la campagne : va t-elle s'urbaniser, va t-elle être avalée par la ville, est-ce souhaitable, qu'y perdrions-nous ?

Pour en revenir à notre journaliste, il souhaite réaliser un dossier à partir de témoignages et d'expériences vécues d'urbains qui ont décidé de changer de vie et de s'installer à la campagne. Son dossier serait construit autour de questions que des citadins désireux de s'établir à la campagne se poseraient. Il y a ainsi une cinquantaine de questions classées en plusieurs thèmes qui seront posées directement sur ce blog.

J'envisage, de répondre à la plupart des questions ici, sous la forme d'un post par famille de questions. Cependant, étant donné l'importance de la tâche et surtout les questions auxquelles je ne saurai pas répondre, je vous sollicite, vous les lecteurs et commentateurs, pour m'aider, par vos interventions, à rédiger ce qui sera probablement l'une des rares expériences de rédaction collective d'un article de magazine grâce aux blogs. On obtiendra ainsi une vaste FAQ dédiée à l'installation et la vie à la campagne.

Avec mes remerciements par anticipation pour votre coopération et le partage de vos expériences (positives ou négatives) d'installation et de vie à la campagne. Les questions seront disponibles au fur et à mesure, alors n'hésitez pas à mettre votre petit grain de sel, même si vous n'aimez pas la campagne!

08/01/2007

Un voyage extraordinaire au Nanga Parbat (Pakistan - Himalaya) en 1990 exhumé, dépoussiéré et remis sur l'étagère mentale

medium_D1000043.JPGMême en hiver, il arrive qu'on s'ennuie un peu. Dans un environnement calme où le seul son audible est le tic-tac rythmé d'une horloge, le "tchip-tchip" des mésanges ou le "schtchink" d'un pinson un peu trop hardi, il est des moments où la pensée tend à se réfugier dans les choses agréables du passé. Hors de tout contrôle, une force mystérieuse nous pousse parfois à fuir le tumulte du présent pour retrouver des souvenirs enfouis dans notre mémoire, des flashes cérébraux associés à des moments magiques de notre jeunesse.

C'est ainsi, que mes pensées m'invitent à voyager vers une destination, qui avec le recul d'aujourd'hui, me parait tout simplement incroyable, hors de notre temps, hors de nos repères. C'est probablement l'une de mes expériences humaines les plus profondes.

medium_D1000165.JPGCe voyage insensé, que je vais évoquer ici, nous mène tout droit dans l'Himalaya occidental, dans une région reculée et accidentée, de vallées profondes et de sommets toujours enneigés, à la nature pratiquement intacte, au pays des hommes (et femmes !) purs : le Pakistan.

 

En 1990, le Pakistan n'était pas ce pays aujourd'hui tant craint. C'était un pays accueillant et ouvert aux étrangers, un pays aux paysages prodigieux qui attirait les voyageurs amoureux de la montagne et des grands epaces.

J'étais encore un étudiant qui refusait déjà le système poussant le monde vers son inéluctable marchandisation. Un jeune homme intérieurement révolté et exalté.

medium_D1000074.JPGJe fréquentais alors beaucoup le milieu des alpinistes et du parapente. Forcément, quand on a une origine slovène, on est amené à flirter intimement avec la nature. Les Slovènes ont toujours eu la nostalgie de l'Orient mythique. Ce pays, morceau de confetti montagneux enchâssé au milieu de l'Europe centrale, sorte de Syldavie à la Tintin, est pratiquement le portique européen de la route de la soie qui fit tant rêver les voyageurs de la trempe du vénitien Marco Polo.

Effectivement, l'Europe est un finistère continental ! Rien de nouveau donc à l'Ouest, c'est vers l'Orient qu'il fallait regarder, là où le soleil se lève, là où l'aventure semblait encore possible. Au passage, je vous recommande la lecture d'un roman historique troublant autant que prophétique,  Alamut, écrit par un auteur slovène - Vladimir Bartol - (publié en 1938) traduit également en français, et qui vous mènera vers le paradis terrestre, les harems peuplés de houris et les fumeurs de haschisch. Ce roman vous fera découvrir l'étrange secte des Ismaëliens ou Chiites septimains dont le guide spirituel est aujourd'hui l'Aga Khan. C'est exactement dans cette région de l'Indus que s'est  maintenu, encore de nos jours, ce courant de l'Islam qui prône une approche alternative , ésotérique et mystique de la foi.

C'est donc vers ce royaume chargé d'une riche histoire que l'insouciance de la jeunesse nous mena, moi ainsi que l'un de mes amis, Tomo, atteint de la même folie. Il y a peu de chances que cette destination redevienne accessible de sitôt aux occidentaux vu la malheureuse tournure que prennent les relations internationales. C'est pour cette raison que je vous invite à découvrir l'album photo "Pakistan - Un voyage exhumé dans l'Himalaya (1990)" que je vous ai préparé et qui vous permettra, je l'espère, de participer derrière votre écran d'ordinateur à un extrait d'aventure personnelle, loin des destinations touristiques proposées de nos jours.

Bon voyage virtuel !

Données du voyage :

medium_D1000124.JPGEn 1990, à l'aube de mes vingt-deux ans, un ami alpiniste slovène me proposa de l'accompagner dans une expédition hallucinante dans l'Himalaya pakistanais, dans un massif montagneux appelé "Karakoroum" ("Montagne noire" en langues turcophones). Le but, avec d'autres alpinistes, était de gravir le neuvième sommet du monde, le Nanga Parbat un sommet imposant de 8125 m ("la montagne nue" en sanskrit. Nous sommes aux confluents de plusieurs civilisations ce qui explique la diversité de la toponymie). Comme je n'étais pas un alpiniste, mais un parapentiste débutant, c'est avec une grande excitation que j'acceptai de rejoindre cette équipée.

medium_D1000004.JPG Le séjour dura près de deux mois, entre juin et août. Il nous mena tout d'abord à Islamabad (capitale du Pakistan) et sa soeur Rawalpindi, où nous dûmes passer près de deux semaines pour obtenir toutes les autorisations et l'accompagnement par des guides militaires. Le lieu de l'expédition est situé dans une zone frontalière où se déroule encore aujourdui une guerre larvée avec l'Inde (proximité du Cachemire) la plus haute en altitude au monde. Plus à l'Ouest c'est l'Afghanistan et les fameuses zones tribales Pashtounes réputées abriter Oussama Ben Laden. Par conséquent, ce secteur du Pakistan n'est pas entièrement sous contrôle des autorités. Toutefois, pour toute expédition himalayenne au Pakistan, un accompagnement par un officier de liaison était rendu obligatoire afin de garantir un minimum de sécurité aux voyageurs, ou du moins pour pouvoir les secourir en cas d'incident.

medium_D1000008.JPGD'Islamabad, nous louâmes des bus bariolés pakistanais qui nous menèrent vers le Nord du pays sur l'une des plus hautes voies commerciales du monde, la KKH ou Karakoroum Highway ! Le long du fleuve Indus qui déboule, à cet endroit, avec puissance des hauteurs de l'Himalaya. Ce trajet nous mèna au chef-lieu régional de Gilgit.

medium_D1000016.JPGPuis nous louâmes des tracteurs et des 4x4 pour assurer l'approche de l'équipe et du matériel sur les pistes escarpées des contreforts du massif jusqu'à une petite ville de district appelée Astore. De là, nous avons progressé jusqu'au dernier village carrossable du nom, si mes souvenirs ne me trahissent pas, de Tarshing. Puis nous rejoignâmes la vallée de Rupal qui monte vers le Nanga Parbat et le camp de base à pied, avec des porteurs et à dos d'âne pour le matériel.

medium_D1000020.JPGLe camp de base de Rupal est une vaste vallée circulaire verdoyante encerclée de haut sommets dont les moindres affichent une altitude rarement inférieure à 6000 m. Cette vallée est un lieu de pâturage pour le bétail d'un peuple de  semi-nomades, les Gujars. On y voit paître un curieux et rustique bovidé, le "zho", l'hybride d'un yack et d'une vache.

medium_D1000051.JPG Nous passâmes près d'un mois et demi à tenter de gravir cette imposante paroi sud du Nanga Parbat qui présente un à pic de près de 4500 mètres, le plus important au monde. N'étant pas alpiniste mais seulement un habitué de la randonnée, je ne pus monter plus haut que le "Camp 1" situé aux alentours de 5500 m (?) d'altitude. J'y ai passé une nuit dans une tente dôme arrimée à une arrête rocheuse permettant de se reposer à l'abri des éboulements et des avalanches. Ce fut probablement l'une de mes pires nuits sous le signe du mal des montagnes. Cela se traduit par une grande fatigue, des douleurs atroces à la tête, des nausées et une fébrilité générale.


medium_D1000184.JPGSeuls deux membres de l'expédition, un homme Jože Rozman et une femme Marica Frantar parvinrent péniblement au sommet. Marica fût la première femme à accomplir cette performance par cette voie. Nous fûmes inquiets car nous perdîmes le contact radio durant deux jours, pour finalement les voir arriver sains et saufs et titubants. Nos deux amis périrent ensemble l'année suivante en tentant de gravir un autre sommet en Chine, le Kangchenjunga. Nous ne pouvons les oublier. Vivre loin de tout et en isolation totale est une expérience humaine unique. Dans une expédition himalayenne, on est tous frères et soeurs (et parfois plus !) tant la complicité et la solidarité deviennent des valeurs essentielles.

medium_D1000157.JPG Lorsque l'exploit fût accompli par nos deux amis, il nous restait quinze jours de liberté à consacrer au Pakistan. Deux options s'offrirent alors : bénéficier d'un plan pour partir dans l'Inde voisine pour visiter Srinagar, Agra et le temple du Taj Mahal ou bien passer le reste du temps sur place. Avec mon ami Tomo, à court d'argent, nous décidâmes de découvrir seuls les Territoires du Nord Ouest, un état dans l'état où le gouvernement pakistanais ne garantit plus la sécurité des étrangers. Pour pénétrer ce secteur nous avons dû signer à un check point un registre dédouanant les autorités Pakistanaises en cas de problème.

medium_D1000153.2.JPGNous nous orientâmes vers l'Afghanistan dans une région appelée Kohistan et, en effet, nous comprîmes bien vite que nous n'étions plus véritablement au Pakistan. Dans cette région, tous les hommes portaient fièrement une arme. Il n'était pas rare d'entendre l'écho lointain et parfois proche d'une rafale de Kalaschnikov. Pourtant, malgré ce côté inquiétant, nous ne fûmes jamais menacés. Au contraire, à chaque fois que notre trek nous fît traverser un village, les habitants se montrèrent plutôt hospitaliers et nous proposèrent fréquemment le gîte et le couvert. A nos dépens d'ailleurs, car nous avons tous les deux attrapé la maladie des voyageurs. Pas une simple tourista, mais les encore plus pernicieuses amibes ! Nous parvinrent ainsi à la capitale provinciale de Kalam. Un lieu hors de toute civilisation. Une ville grouillante et armée jusqu'aux dents.


medium_D1000166.JPG C'est là que nous rencontrâmes deux ressortissants suisses travaillant pour le CICR avec qui nous sympathisâmes. Ils résidaient dans une sorte de châlet en rondins de bois et participaient, avec d'autres ONG, à un programme de reboisement. Comme ils connaissaient la région, ils nous hébergèrent chez eux et nous proposèrent un trek de quelques jours dans les montagnes environnantes pour remonter la vallée Swat. Il s'agit d'une vallée escarpée et contre toute attente très forestière où s'écoule un puissant torrent, le Swat. Pour cette virée, nous louâmes les services d'un guide local armé d'un vieux fusil ou plutôt une pétoire sorti d'un autre âge. Une forme de prestation locale : en échange d'un paiement, le guide parlemente avec ses amis rencontrés en chemin afin qu'ils nous laissent en paix. J'imagine que tout ce petit monde se partage les ressources de cette "offre de services". En vérité, il s'agit plutôt d'un racket tacite mais sommes toutes acceptable en regard des risques encourus. Cette extraordinaire vallée nous donna l'occasion d'effectuer quelques vols uniques en parapente. Nous fûmes probablement les premiers à voler en parapente dans ce secteur.

Pour finir, nous poussâmes jusqu'à la fameuse ville de Peshawar à la frontière afghane. Une ville débordante, bruyante et animée qui prospèra grâce au conflit tout proche qui opposa à l'époque l'Afghanistan et l'URSS. On touchait à la fin du conflit mais la ville continua d'être en effervescence, alimentée par toutes sortes de trafics. J'ai peu de photographies de cette dernière partie du voyage car, de retour en Europe et physiquement épuisé (j'avais perdu plus de dix kilos en une semaine vidé de tout ce qui était liquide en moi),  je laissai mon appareil photo Nikon FM2 et quelques pellicules sur le siège de l'autocar qui nous ramenait de l'aéroport.

Je n'oublierai jamais cettte incroyable épopée. J'ai effectué d'autres voyages dont l'un en Anatolie et au Kurdistan en Turquie. Mais celui-ci fût un voyage initiatique qui contribua à former mes opinions de jeune adulte et donna un aperçu de ce qu'on peut appeler le sentiment de liberté.

J'ai eu beaucoup de chance d'en revenir sain et sauf (à part quelques conséquences sur ma santé qui ont depuis lors disparu). J'ai ainsi fait l'expérience de ce que je croyais être la différence. Mais au contact de cette altérité, je me suis surtout rendu compte qu'il était plus important de chercher les ressemblances que les différences, ce qui rapproche les hommes de ce que qui les éloigne. Ainsi, je me dis que l'humanité parviendra peut-être à surmonter ses méfiances millénaires si on accepte et respecte les peuples qui ont d'autres conceptions et traditions de vie. Il me semble, mais je me trompe peut-être, qu'il n'existe pas une voie unique pour l'humanité de progresser ensemble. Il n'y a pas d'un côté ceux qui incarnent le bien et la lumière et de l'autre ceux qui vivent dans l'obscurité et la barbarie. Le choc des civilisations n'existe pas, il n'existe que des peurs et des méfiances. Nous devons nous ouvrir les uns aux autres car nous aimons tous la vie. Notre civilisation ne peut pas continuer à imposer au monde un ordre nouveau sous prétexte que nous détenons la science et le savoir technologique, ni subir des forces obscurantistes, mais nous devons au contraire tous nous interroger sur la manière d'incorporer le meilleur de la sagesse de chaque peuple peut être sous la forme d'un co-développement. N'oublions pas que nous vivons sur la même planète qui de plus est ronde. Nous ne devons pas baisser les bras, un autre monde n'est pas tout à fait impossible.

Je vous renouvelle mon invitation à visiter ce diaporama "Pakistan - Un voyage exhumé dans l'Himalaya (1990)". Veuillez m'excuser si, malgré ma volonté d'optimiser les images pour un aperçu adapté au format blog, il vous faille attendre quelques secondes pour charger l'album. Je vous suggère plutôt de cliquer sur "Visualiser l'album", puis cliquer sur la première vignette et ensuite de vous déplacer en utilisant les menus textuels en haut à droite. Vous aurez alors une visualisation plus confortable.

NB : je suis l'auteur de la plupart des clichés. Toutefois, les clichés ayant été pris par d'autres membres de l'expédition sont signalés.

01/01/2007

Heureuse Année 2007 : mettons un peu plus de nature dans nos vies !

Pour une année 2007 paisible et pleine de plaisirs simples !

 


Bonne_Année_2007
Vidéo envoyée par fleetox

 

Toutes les notes