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21/01/2007

S'installer à la campagne : pourquoi décide t-on un jour de changer de mode de vie ?

medium_IMG_1850.jpgDans la précédente note "Vers un début de notoriété pour ce petit blog", j'annonçais qu'une série de questions destinées à aider un journaliste pour son dossier serait publiée sur "S'installer et vivre à la campagne". Voici donc le premier sujet de notre nouvelle rubrique "Faque des champs" : "Pourquoi décide t-on un jour de changer de mode de vie ?" qui marque le départ pour la constitution d'un dossier complet à paraître dans un magazine.

C'est la première question qu'un(e) candidat(e) à l'installation doit se poser. En général, la décision de changer de mode de vie (de passer d'une vie urbaine à une vie rurale) ne vient pas du jour au lendemain mais découle plutôt d'un long phénomène de réflexion. Dans d'autres cas, on porte un "désir de campagne" enfoui au fond de nous-mêmes pendant de longues années de façon presque physiologique, instinctive (merci Sofye).

Il semblerait que cette lente maturation s'appuie sur trois types de motivations sentiments, qui ne s'excluent pas nécessairement l'un l'autre et souvent indissociables (il est difficile de tenter de rationnaliser des sentiments complexes). Une opportunité peut intervenir comme un acte déclencheur :

- fuir un mode de vie perçu comme désagréable,
- sentiment de bénéficier d'une opportunié pouvant agir en tant que déclencheur de la décision,
- recherche d'une vie plus naturelle ou authentique.

La plupart du temps ces motivations sentiments apparaissent concomitamment lors d'un processus de décision en faveur d'une installation en milieu rural et se traduisent souvent par la convergence d'une aspiration à long terme (merci Mamazon).


Exemple de quelques motivations fondées sur la fuite

- Mal-être ressenti lié au mode de vie urbain :

  • Pollution atmosphèrique et environnement dégradé,
  • Rythmes de vie effrénés et rapport au temps : on peut aisément passer jusqu'à trois heures par jour dans les transports en communs, impression de course permanente pour effectuer les démarches quotidiennes les plus simples (administratives, enfants, crèche, école, horaires de travail qui s'étirent en soirée, files d'attente, difficultés de garer son véhicule, embouteillages...),
  • Sentiment de manque d'espace, de claustration : appartements exigus, manque d'intimité (voisinage omniprésent), densité de population, promiscuité,
  • Absence d'horizon naturel : la seule perspective visuelle reste un environnement construit (bâtiments, tours et infrastructures),
  • Activités : la moindre activité ou loisir en milieu urbain génère un coût, absence d'activités en pleine nature, activités d'intérieur (canapé, télévision, ménage),
  • Coût de la vie (ou "vie chère" comme on dit aussi maintenant) : inflation des loyers (jusqu'à trois fois plus cher en ville qu'à la campagne à surface équivalente), choix limité pour le poste chauffage (monopole de l'électricité et du gaz, une offre en énergies renouvelables restreinte), impôts et taxes sans commune mesure avec ceux de la campagne, sollicitations à la consommation,
  • Aspects sécuritaires : sentiment général d'insécurité (risque d'agressions et probabilité d'être victime d'un attentat plus élevés),
  • Rapports humains : changement de situation suite à une rupture conjugale ou le décès d'un proche, relations familiales ou de voisinage tendues, anonymat, solitude,
  • Santé et bien-être: stress, maladies respiratoires, manque d'activités physiques, souhait d'une "vie meilleure" pour ses enfants.


Exemple de motivations basées sur l'opportunité

- Changement dans la situation personnelle :

  • retraite,
  • naissance d'un enfant (merci Mamazon),
  • mutation professionnelle,
  • opportunité immobilière (héritage),
  • rencontre,
  • maladie...

 

Exemple de motivations liées à la recherche d'une vie plus naturelle ou authentique

- Activités en lien avec la passion de nature :

  • Recherche d'activités en plein air, passions sportives : randonnée, ski, activités nautiques, chasse & pêche, jardinage, restauration de sa maison,
  • Sentiment d'une vie plus écologique : compostage, habitat écologique.


- Renouement avec des traditions locales ou un style de vie :

  • Retrouver ses racines ou ses origines, attrait du folklore,
  • Phénomène de "retour de l'enfant du pays",
  • Attrait de la gastronomie,
  • Lieux chargés d'histoire.


- Raisons climatiques et attrait géographique :

  • Régions plus douces et ensoleillées,
  • Recherche d'un paysage ou d'un terroir particulier,
  • Appartenance ou rattachement à une culture régionale forte (Corse, Pays Basque, Bretagne, Alsace...).


Dans certains cas, les motivations sont d'ordre très personnel comme le désir d'ascèse ou celui d'exercer pleinement sa religion ou spiritualité.

La liste fournie ici n'est pas exhaustive, toutefois elle constitue quelques exemples de raisons plausibles de souhaiter s'éloigner d'un mode de vie urbain.

Le/La candidat(e) à une installation à la campagne ne le sait pas toujours, mais certains désagréments de la vie urbaine ont aussi leur contrepartie à la campagne, en revêtant des formes différentes. Bien sûr, nous avons déjà vu et reverrons que la vie en milieu rural comporte aussi des inconvénients.

Merci pour tous vos commentaires visant à illustrer ou enrichir ces explications sur le désir d'un changement de mode de vie. Les avis qui n'abondent pas dans ce sens sont également les bienvenus. Merci de votre coopération.

Commentaires

Bonjour HK. Pour ma part je modéliserais le processus de décision (ou plutôt le processus de passage à l'action) de manière un peu différente : comme la convergence d'une aspiration long terme (ce que tu nommes motivations basées sur la fuite+recherche d'une vie..) et d'une opportunité (que j'appelerais peut-être "élément déclencheur?")
.
Il me semble que séparer les motivations que tu nommes "fuite" des motivations liés à la recheche d'une vie plus naturelle etc. est artificiel - tu peux passer certains (la plupart?) arguments d'une catégorie à l'autre juste en mettant une négation devant.

Quand à la liste elle même, je rajouterais des données liées aux enfant (évidememnt, vu que c'est mon vécu)

- "opportunité" : naissance d'un enfant (qui accompagne bouleversements genre changement d'habitation, prise de conscience que le temps passe)

- "vie plus naturelle etc..." valable pour soi et pour ce qu'on a envie de transmettre à ses enfants. En tant qu'adulte, je peux très bien partir tous les week end faire des activités plein air, mais je veux que mes enfants aillent battre les chemins sauvages chaque jour après l'école plutôt que slalomer entre les crottes des trottoirs urbains.

Ecrit par : mamazon | 21/01/2007

Bonjour Mamazon,
Merci pour ton avis sur la question. Je pense que nous sommes en fait d'accord, mais j'ai probablement insuffisament formulé mon propos. Je ne dissocie pas les motivations sachant qu'un mélange complexe intervient dans la décision propre à chacun, mais j'essaie simplement de les classer dans des catégories (je suis parti de ma propre expérience). Ton point de vue d'une "convergence d'une aspiration long terme" est absolument vrai et m'a complètement échappé lors de ma réflexion. C'est en effet, je pense, une réflexion qu'on porte en soi longtemps avant qu'elle ne s'exprime véritablement sous la forme d'une décision (souvent associée à une opportunité). Je vais compléter en ce sens.

L'autre idée sur les enfants est aussi très intéressante et je dois d'une manière ou d'une autre la réincorporer dans la note principale. A mon avis, ce que j'ai omis de mentionner c'est la recherche de "valeurs" différentes (pour soi, ses enfants, sa famille, etc.). Je dois aussi réintégrer la notion de recherche de "valeurs" et une vision philosophique de la vie particulière (nature, rapports humains, éducation, écologie...).
Merci mille fois Mamazon de m'aider à rendre la note plus juste. Bonne continuation.

Ecrit par : HK | 21/01/2007

La migration est souvent tout de même motivée par un désir de "mieux vivre", que ce soir pour un projet personnel, pro ou simplement de cadre de vie.
Simplissime non?!

Ecrit par : Mabile | 21/01/2007

@Mabile,
Oui c'est sûr, il y a réellement un désir de "mieux vivre". Est-ce à dire donc que la ville est associée à un "mal vivre" ? On part donc d'une situation actuelle (la vie en ville) et on visualise une vie meilleure à la campagne. Ce que je ne comprends toujours pas, c'est pourquoi on ne cherche pas à améliorer son "vivre" en restant en ville ? J'ai comme l'impression que la seule option disponible d'un "mieux vivre" est pour certains dont nous faisons partie la campagne. Ces tout cela que je cherche à expliquer. Merci pour ton avis.

Ecrit par : HK | 21/01/2007

Je voulais laisser un commentaire sur la dernière note mais je n'y arrive pas !!!

Merci pour cette superbe description du film, ça donne très envie !!!

Ecrit par : Jane | 22/01/2007

L'installation à la campagne peut aussi relever d'une sorte d'évidence : "la vie que je veux mener est à la campagne", sans que cela relève d'une décision réfléchie, ou d'un choix que l'on peut formuler. Pour nous, deux banlieusards d'origine (région parisienne et région clermontoise), il était évident que la vie que nous voulions mener était à la campagne, mais c'est le travail de mon mari qui a été déterminant, nous avons pu concilier vie professionnelle et installation à la campagne. Le travail, malgré tout, serait passé avant, et nous avons craint, un moment, de devoir nous installer à Paris (ou plutôt en banlieue). Ca aurait été l'horreur, mais nous y serions allés ! Par contre, aurions-nous mis en route le deuxième ? Peut-être pas !
Cela étant, je n'ai jamais vécu dans une très très grande ville (nous avons vécu un peu à Clermont-ferrand et quelques années à Sélestat, en Alsace), mais pour nous, c'était déjà trop bétonné, mais aussi trop policé. Je trouve que la vie citadine restreint notre liberté. Ici, nous n'avons pas de vis-à-vis, nous faisons ce que nous voulons de notre territoire (parties du jardin laissée en jachère pour la biodiversité, pelouse tondue à notre rythme), et nous vivons à notre rythme, sans cependant gêner nos plus proches voisins.

Par contre au niveau écologique, je dirais que ce n'est aps une volonté écologique qui nous a fait nous installer à la campagne, mais que la vie à la campagne induit une réflexion à ce niveau.

Pour les inconvénients de la campagne, il me semble que nous en avions déjà parlé, mais je pourrai développer si besoin, parce qu'il y en a, ne soyons pas candides !

Ecrit par : Sophie (Sofye) | 22/01/2007

@Jane,
Merci, je sais que H&F buggue un peu en ce moment. Oui, ce film "Cashback" est à voir pour qui veut s'échapper un court instant par une journée de crachin. Il laisse une profonde empreinte dans l'esprit. La BO y est probablement pour quelque chose. ;)

Ecrit par : HK | 22/01/2007

@Sofye,
Merci infiniment pour ton (votre) témoignage. Tu as le recul d'une mère et d'un parent ce qui visiblement fait défaut dans ma propre réflexion. Mais je me mets bien à la place. On cherche le meilleur pour ses enfants. Cela confirme bien qu'aujourd'hui une conception de la vie à la campagne place la famille et les enfants au coeur du dispositif de réflexion (à rapprocher avec le vécu de Mamazon). J'apprécie ta démarche instinctive alors que la mienne est plutôt analytique (pour le moment). En ce sens, ton approche enrichit admirablement ce blog dans le sens de la complétude.
Par ailleurs, je partage entièrement ton avis : un certain nombre de comportements et de postures d'ordre écologistes se développent sur place. Il est évident que quand on vit la nature de près au quotidien on s'ouvre l'esprit sur sa fragilité.
La conscience environnementale n'est pas forcément innée, elle peut aussi s'acquérir, et c'est fort heureux pour agir ensuite. Bonne continuation et à bientôt.

Ecrit par : HK | 22/01/2007

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