06/12/2006

La campagne, un milieu propice aux surnoms

medium_Personnage.JPGEn ville, on mène la plupart du temps une vie anonyme ou presque. En milieu urbain, nous sommes tous un peu tels de vraies stars, nous vivons incognito ! Personne vous connait et vous ne connaissez personne. C'est à peine si on se dit les bonjour et bonsoir de courtoisie entre voisins dans le couloir. Bien qu'on se serre la louche, on se connait guère plus loin que la paume de la main. On ne connait les détails de la vie d'un voisin qu'en cas de "clash" dans le hall ou à la réunion des copropriétaires, pour ceux qui sont proprios de leur appartement. C'est lors de ces évènements ponctuels et désolants que les voisins s'exteriorisent et se présentent sous leurs véritables habits et de temps à autre de façon peu glorieuse.


Bien sûr, je ne suis pas en train d'affirmer avec véhémence que cet état de fait est systématique. Ne généralisons tout de même pas et ne vous focalisez pas sur le côté ironique de mon propos ! Il arrive que cela se passe très bien entre voisins, y compris en ville. On s'invite à l'apéro, on se rend de menus services : "Euh, excusez-moi de vous déranger, mais, euh... vous n'auriez pas un peu de vinaigre à me prêter ?". L'autre jour, une voisine ayant un enfant de quatre ou cinq ans et habitant plus haut à l'étage est descendue au rez-de-chaussée et... hasard, c'est à notre porte qu'elle a sonné. Elle m'a demandé si nous pouvions la dépanner avec une bouteille de lait. Et bien, en fait, j'ai été content de faire ce geste moi qui ne connais que la gardienne, et encore. Je me suis dit intérieurement qu'elle avait dû nous trouver sympathiques, mon épouse et moi, ou tout simplement "sans histoires", ce qui est déjà appréciable dans un immeuble. Dans les blocs d'immeubles, il s'installe un "modus vivendi" minimaliste mais guère autre chose. Il faut dire qu'en ville, surtout dans les grandes, c'est toujours le qui vive entre les transports, les courses, les enfants, le ménage, les démarches administratives qui ne laissent guère l'opportunité de socialiser. En ville, on cherche une paix royale. Du coup, on est juste un quidam, parfois un nom de famille, et plus rarement un prénom ! La "Fête des voisins" est à ce propos une initiative utile !

A la campagne, il en va autrement. Chacun a non seulement un nom de famille, souvent un prénom mais parfois on acquiert aussi un surnom !

Le processus d'affectation et la genèse d'un surnom restent mystérieux et pas toujours très flatteurs. Un surnom s'obtient parce que les villageois non seulement se croisent, mais se fréquentent et au final se connaissent bien, trop bien même ! Et c'est ainsi qu'on peut se retrouver un jour ou l'autre avec un surnom. Quoi que vous fassiez, à la campagne, on (le "ON" est une sorte de réseau de personnes indéfinissable) vous attribuera votre surnom définitif. A la campagne, on peut presque dire que celui qui n'a pas de surnom n'est pas sociable ! Maintenant, il y a tous types de surnoms. Il faut s'estimer heureux quand on hérite d'un surnom "neutre". Mais en général, votre surnom est un des avatars perçu par la collectivité de votre manifestation extérieure. Le surnom émane soit de votre apparence vestimentaire ou physique, soit il fait suite à une de vos paroles qui a marqué les esprits, soit est une caractéristique de votre vie, comme par exemple votre métier ou votre origine. Voici donc quelques surnoms observés dans un village berrichon et aimablement transmis par une source sûre : le tenancier d'un petit bar typiquement rural. Sachez-le, le bistrot du coin est la plateforme du surnom. Voyez par vous-même !

  • "Raboliot" : patois pour "braconnier",
  • "Concorde" : un appendice nasal évocateur,
  • "Ritou" : Henri (lui, il s'en sort bien),
  • "La Science" : un homme qui à réponse à tout, une sorte de champion du Trivial Poursuite,
  • "Deux de tension" : hyper-nerveux, "plus que cool",
  • "Gosier sec" : no comment,
  • "Petit chapeau" : un personnage toujours habillé pareil et portant toujours un petit chapeau tyrolien,
  • "Chien blanc" : un coureur de jupons, un "chaud",
  • "Rusé" : comme le trop classique renard,
  • "Démonte pneu" : ex-chauffeur de Chaban-Delmas,
  • "Kiki" : surnom d'origine indéterminée,
  • "Toto" : car il y a toujours un "Toto" quelque part,
  • "Zouzou" ou "Gros nounours" : on sent que la corpulence du personnage joue un rôle,
  • "Prost" : ressemblance physique avec le fameux sportif,
  • "Co boy" : chapeau + vélo = cowboy du Middle West français,
  • "Pot au feu" : ancien boucher,
  • "La Ferraille" : comme son nom l'indique,
  • "Cochonou" : roule du cochon, routier spécialisé dans le transport du cochon vivant,
  • "Caucy" : ce surnom demeure un mystère,
  • "Un 90" : le prix d'un Pastis est de 90 cts,
  • et pour finir l'incontournable "Kékètte" : bien monté, à ce que la rumeur dit.
  • Dernière minute - Nouveau surnom : "Le Doryphore" !


Cette liste, me dit-ON, a vocation à s'enrichir dans un futur proche.

Si vous envisagez de vous installer à la campagne et que vous êtes plutôt sociable, dans le sens fréquentable, ON vous honorera probablement d'un surnom, voire même d'un diminutif ou d'un "augmentatif" (le "Lumineux", le "Phénix du Poitou", "Grand guide suprême", "Bienfaiteur du peuple",... pour les plus chanceux. Ceux-là terminent mal en général).

Obtenir un surnom est manifestement un signe de sociabilité, voire d'hyper-sociabilité. Il faut tout de même s'arranger pour ne pas obtenir un surnom qui vous desserve trop, un sobriquet, par exemple. Si vous n'en obtenez pas du tout, c'est pas plus mal non plus. Dans tous les cas, vous serez toujours et secrètement le "Parigot" ou le "gars de la ville" ! Ce n'est pas le pire des surnoms que vous auriez pu obtenir, soit dit en passant. Alors, bonne installation à la campagne !

Commentaires

Perso je connais pas mon surnom, mais pour la maison d'à coté c'est "les voisins à moteur", en référence aux nombreux outils motorisés que ces citadins utilisent pour l'entretien de leur jardin.

Écrit par : Jérôme | 06/12/2006

je vais faire ma parisienne... mais habite tout de meme à la campagne ! parce que force a été pour moi de constater que les clichés sur les parisiens ont la vie dure et sont parfois erronnés - si si, j'y tiens. J'ai vecu 4 ans à Paris, dans le 15è, avec un bistrot qui savait que je prenais un allongé sans sucre à 8H15, toujours avec la page des mots fléchés, un buraliste qui avait dejà posé mes camel 100s alors que j'etais a peine rentrée, une voisine de 70 ans avec qui je me sifflais une bouteille de rouge tous les dimanche midi, un voisin du dessus pret à escalader l'immeuble chaque fois que j'oubliais mes clés... et lorsque je suis revenue 8 mois apres, rien n'avait changé, personne ne m'avait oublié. En 10 ans à la campagne (pres de bordeaux, certes, c particulier) rien de tout cela ne m'est arrivé. Je ne généralise pas - mon combat contre l'etroitesse d'esprit est trop important - mais justement, la sociabilisation et la solidarité ne tiennent pas à mon sens au lieu ou l'on est, mais comment on le vit, de quelle façon nous sommes pret à nous impliquer.

Écrit par : calimero | 09/12/2006

A calimero,
Merci pour ce commentaire militant. Je ne suis pas en désaccord avec ta conclusion qui me semble très juste :

"la sociabilisation et la solidarité ne tiennent pas à mon sens au lieu ou l'on est, mais comment on le vit, de quelle façon nous sommes pret à nous impliquer".

Il se trouve que j'observe ces différences de comportement puisque j'ai le profil double et je constate, j'allais dire "statistiquement", que la sociabilisation est plus difficile en ville qu'à la campagne. Mon opinion est que certains contextes (pas forcément ou uniquement géographiques) sont plus favorables pour s'ouvrir aux autres. La (grande) ville, la mégalopole tendent à rendre cela plus problématique, comme je l'évoquais, pour des questions de rythme de vie urbain qui nous pousse à nous calfeutrer chez nous. Je ne parle pas des sorties entre amis ou au sein d'une famille, je parle du cercle concentrique au-delà (voisins, collègues de travail, inconnus dans la rue,...). A la campagne, les gens aiment bien se fréquenter, s'inviter entre voisins et se rencontrer lors d'évènements locaux. Il me semble qu'ils vivent une vie sociale plus intense. Le revers de la médaille, c'est que les déchirements peuvent être plus marquants, durables et parfois, hélas plus sordides, puisqu'on évolue dans un microcosme moins anonyme justement.

Maintenant, c'est vrai, je ne veux pas généraliser. Je relativise dans mon billet. Cela dépend aussi de l'ouverture de chacun. On peu effectivement socialiser en ville pourvu que vous soyez "open" et que les autres le soient aussi. Au niveau géographique, il peut y avoir une influence, en fonction du quartier, climat, type de population. En fait pleins de facteurs. Je me souviendrai toujours, il y a six ans, lorsqu'on s'est installé dans notre ruine, sur le chemin menant aux champs, que ce sont les voisins qui sont venus spontanément vers nous pour faire connaissance. Les habitants des hameaux sont un peu curieux alors ils ont tendance à faire le premier pas. Cela ne m'était jamais arrivé en Ile-de-France (je précise que j'y suis né) où on socialise plutôt dans le hall de l'immeuble sous la forme d'un bonjour-bonsoir, mais alors... rapide hein ! Et puis entre voisins c'est souvent : "je t'aime bien, moi non plus".

Bonne continuation calimero qu'on peut retrouver sur http://calimeroetlamour.hautetfort.com/ un blog intimiste avec un regard de femme sur les évènements de la vie, la collocation entre filles... je me trompe ? Bon, je prends des raccourcis ! Faites-y un tour, il y a du contenu :)

Écrit par : HK | 09/12/2006

Un jour où je poussai une gueulante pas possible dans ma salle des profs de mon petit bahut de ma petite ville, une copine m'a très amicalement taxé de défenseur "furtif " des droits de l'homme.

Voilà, tu connais l'histoire de mon pseudo.

Si on ne se revoit pas d'ici là , Noyeux Joël

Amicalement

SVP efface mon Email

Écrit par : Le furtif | 13/12/2006

Merci pour cette publicité! tu est dans le vrai pour la description, juste un petit lieu de rencontre sans pretention... et toi aussi d'avoir quand meme raison. je fais "ma militante", mais je crois que mon experience à paris reste un peu atypique, et c'est vrai aussi que, tout de meme, les rapports restent plus forts et plus profonds à la campagne : si j'ai connu des relations etroites dans mon quartier parisien, il n'y a que la voisine lucette dans la campagne toulousaine de ma soeur pour nous inviter CHEZ elle à prendre ce ptit verre de prune qui va nous ravigoter apres qu'elle nous ai appris à depioter le lapin...

Écrit par : calimero | 14/12/2006

Au Furtif,
Je comprends mieux maintenant ton surnom. Tu n'as pas perdu de ta verve sur Agoravox ! A bientôt, "jeune homme" et joyeuses fêtes de fin d'année.

Écrit par : HK | 14/12/2006

A Calimero,
De nada Calimero ! J'ai été touché par tes histoires pleines de sincérité et ta petite touche de je ne sais pas quoi, peut-être de l'ironie, de la mélancolie et d'autodérision qui indiquent que malgré tes galères de nana tu gardes de l'humour et une capacité à rebondir. C'est typiquement le genre de blogs dont mon épouse se délecterait à lire.
Ceci dit, pour revenir sur ta remarque, j'ai entre temps un peu réfléchi et effectivement on trouve à Paris quelques pans de quartiers qui semblent être encore plongés dans la "campagnitude" (contraction de campagne et attitude). On parle souvent du quartier de Montorgueil (http://www.chez.com/parismontorgueil/).
Moi je trouve que le quartier de la Butte aux Cailles est sympathique aussi à ce titre. Après c'est une autre histoire de savoir si les habitants de ces quartiers sont plus détendus qu'ailleurs. Cela m'a toujours étonné ce côté "village" dans les grandes agglomérations, comme une sorte de reliquat d'un temps [imaginaire] révolu. On nage dans l'idyllique mais bon, pourquoi pas ?
Bonne continuation et succès à ton blogue Calimero !

Écrit par : HK | 14/12/2006

j'ai reflechi moi aussi...! c'est vrai que les grosses agglomérations ont cette suprenante capacité à devenir de petits villages au fur et à mesure qu'elles grossissent. c'est je crois ce que j'ai préféré à Paris. Mais quand même, je suis rentré en province, à la campagne, je me surprend à faire du composte dans mon jardin, passer mes dimanches à inventer des confitures, troquer mes biscuits faits maison (rien que ça!) contre les oeufs tout frais juste pondus de ma voisine.... c'est que quand même, j'ai beau dire... je suis mieux ici!

Écrit par : calimero | 14/12/2006

P.S : petit quart d'heure culturel :)
doryphore (en tout cas chez moi in the sud ouest) est le surnom donné (majoritairement) par les landais aux bordelais, mais aussi par les basques, les bearnais.... le bordelais n'est pas très aimé dans la région ! Comme l'adage "si on te frappe, tends l'autre joue" n'est pas franchement de mise en mon pays, les bordelais ont riposté en appelant les landais (tres affectueusement bien sur ! ) les croqueurs de mais. Voilà, pour la petite histoire...

Écrit par : calimero | 14/12/2006

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