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15/05/2006

Le néo- néo-ruralisme

Loin des clichés babas-cools fumeurs de joints ou "néoploucs", il existe des expériences très diverses de néo-ruralisme. Certaines ont traversé les décennies et se sont pérénnisées, marquant ainsi une réussite tangible de certains projets de vie qui auraient pu paraitre initialement utopiques. Il en va ainsi de l'initiative Longo Maï ("Longtemps encore" en occitan). Plusieurs fois classée comme secte religieuse, organisation révolutionnaire tendance gauchiste, voire groupe conspirationniste, il apparait que ce réseau controversé de coopératives commence à acquérir, après trente ans d'existence, une certaine crédibilité. La particularité de ce mouvement néo-rural est d'être basé sur une approche communautaire du projet de vie et des règles d'organisation qui peuvent paraitre déroutantes par rapport à une démarche individuelle en 2006. C'est toujours intéressant de prendre connaissance des différentes expériences de néo-ruralisme.

En guise d'illustration, je vous invite à voir ou à revoir en vidéo ce court reportage proposé en ligne par France 3 Méditerrannée, "Les néo-ruraux".

Bien sûr, choisir un mode de vie "néo-rural" n'entraine pas nécessairement l'adhésion à une communauté et à un mode de vie communautaire comme c'est le cas pour Longo Maï. Si des projets néo-ruraux se sont formés à l'époque, dans les années 70, de manière communautaire, ce n'est pas forcément sous l'influence d'une approche exclusivement "hippie" de la vie. Mais tout simplement, pour une telle initiative, se regrouper entre personnes ayant les mêmes objectifs et les mêmes centres d'intérêts constituait une forme de mise en commun de moyens notamment financiers. N'oublions pas qu'à l'époque, il s'agissait de revaloriser des villages abandonnés suite à près d'un siècle d'exode rural. Ainsi, la réponse communautaire fût davantage la recherche d'une solidarité pour concrétiser un objectif commun.

Toutefois, aujourd'hui chercher à adopter un tel projet de vie peut parfaitement être entrepris sur des considérations individuelles. Il existe sûrement des milliers d'expériences individuelles réussies mais il est difficile de les recenser. Pour certaines catégories de population, un projet de vie devient de plus en plus envisageable grâce à la progression de nouveaux services dans les campagnes. Parmi ces services, citons le haut-débit et notamment l'ADSL. La pénétration du haut-débit rend ainsi, et pour la première fois, palpables et pertinentes des formes de télétravail en milieu rural. Malgré ces développements, le phénomène néo-rural pourrait être plus intense que ce qu'il est. Hélas, la trop lente pénétration du haut-débit et des autres services freine quelque peu le processus.

Avec du recul, on peut dire que ces pionniers néo-ruraux du type Longo Maï ont finalement été courageux et très modernes dans leur approche. Ils se sont mis à restaurer des bâtisses en ruines, à cultiver des terrains à l'abandon, à développer un tissus social en déliquescence et finalement ont fondé des familles redynamisant ainsi des villages voués probablement à disparaître. Cela n'a pas été sans mal notamment sur le plan économique. En effet, il a fallu s'adapter à un nouveau contexte : distances plus grandes pour exercer son métier, densité du tissus économique plus lâche, volumes de production moindres, modes d'exploitation orientés "micro" et activités tournées vers la dimension locale plutôt que globale ou nationale. Par ailleurs, ils ont apporté une nouvelle solidarité grâce à la mise en place d'un réseau associatif dynamique.

Le concept de néo-rural comporte encore aujourd'hui une connotation péjorative et inspire parfois de la méfiance ou de la raillerie. L'arrivée progressive des néo-ruraux n'est pas toujours bien vue par les habitants sur place. Les néo-ruraux sont accusés d'avoir des comportements présomptueux par leurs manières ou leurs exigences et de contribuer à faire grimper les prix de l'immobilier localement. En réalité et en dépit de certains comportements de type "territoire conquis", la plupart des néo-ruraux aspirent à se fondre sans aspérités dans le tissus rural en place. C'est logique, car des attitudes adverses compromettraient leur implantation sociale et économique. N'oublions pas que les néo-ruraux ont aussi un impact positif localement pour le commerce, l'artisanat et la fiscalité. Il n'en vas pas forcément de même des néo-ruraux du weekend dont les objectifs n'ont rien à voir avec ceux qui cherchent à s'installer définitivement et qui rament pour y parvenir. En un sens, entreprendre aujourd'hui le projet de vie de quitter la ville pour la campagne représente parfois un aussi grand défi qu'une expatriation. J'ai le sentiment qu'il est presque plus facile, pour certains profils, de s'installer à Londres, Bonn ou Barcelone que dans la région de Millau ou Guéret ! C'est bien dommage. La France souffre probablement de son centralisme hypertrophié.

Aujourd'hui, et sans idéologie lénifiante, le néoruralisme n'est plus un simple phénomène utopiste mais une réelle amorce d'un changement de société qui connaitra probablement une accélération les prochaines années et dont les pouvoirs publics devront prendre très rapidement la mesure.


Autres liens utiles sur le néoruralisme


Quelques études et statistiques


(Auto)Suggestion de lecture


Texte à méditer

Commentaires

Intéressant comme sujet.

Mais je me demande si une telle initiative ne devient pas quelquechose de plus en plus dure... au moins à la taille d'un village, plus qu'au caractère individuel...

On est dans une société où on doit rendre des comptes sur tout, avec bcp de droits mais tant de devoirs...

Je pense au dernier plan du reportage où on voit les habitants vendre des framboises... J'imagine certainement pour apporter des ressources, ce qui est normal.
Mais en France une telle activité meme si un marché est régie par des règles... en matière de commerce... C'est peut-être là que s'arrête l'individualisme que ces gens peuvent souhaiter...

Devoir compte des rendre à une société.

Le commentaire du 'papy' est très amusant sur le fait que les néo-ruraux n'aient pas vraiment une activité... Voir les idées d'antant où vivre de ses ressources sans avoir forcément une feuille de paie et aller travailler du lundi au vendredi reste péjoratif dans la tête des gens.

Ecrit par : Athanor | 20/05/2006

http://villagevegan.free.fr/

Ecrit par : vegan ecovillage | 23/08/2006

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