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13/05/2006
Vers une certaine forme d'autosuffisance alimentaire : persistance et affinage de l'idée
En février dernier, dans un billet intitulé "Potager et verger : l'autosuffisance alimentaire est-elle une utopie ?", j'introduisais l'idée que, dans certaines conditions, mettre en oeuvre un potager pourrait contribuer à diminuer une part siginificative de sa dépendance alimentaire.
En ce qui me concerne, j'expérimente actuellement cette idée. Or pour valider ou invalider l'idée qu'un potager puisse être une composante primordiale dans une stratégie d'autosuffisance alimentaire, il est nécessaire de connaître ses besoins.
Ainsi, je relève, au niveau de mon foyer, toutes mes consommations de légumes et de fruits achetés frais. Cette consommation est consignée, légume par légume et fruit par fruit, dans un tableur le "MyFrutiLégumor". Voici, pour information, les données concernant le foyer HK depuis le début de l'année. Ce relevé permet de connaître au fur et à mesure des saisons la quantité de chaque produit consommé et accessoirement nos habitudes alimentaires. Bien sûr, le modèle souffre d'imperfections et notamment de complétude car ne sont pas pris en compte les fruits et légumes consommés à l'extérieur (les aliments consommés le midi sur le lieu de travail ou issus de la restauration ne sont donc pas comptabilisés, hélas !).
Avec ce système, je serai en théorie capable d'organiser mon potager sur toute l'année puisque j'aurai une visibilité sur ma consommation. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le préciser, un potager nourricier en France peut difficilement répondre à l'intégralité de nos besoins, à moins de faire évoluer nos habitudes alimentaires. En effet, deux points majeurs viennent limiter cette idée d'autosuffisance :
- nous consommons fréquemment des produits hors saison,
- nous consommons des fruits et légumes qui ne poussent pas forcément dans nos régions ou bien pas sous nos latitudes.
Un autre point mérite d'être rappelé : la rentabilité d'un potager n'est pas évidente à calculer. Pour développer un potager il faut prendre en compte les éventuels "intrants". Les intrants (en anglais "input") sont des facteurs externes entrant dans la colonne "coûts" du potager notamment les semences, l'eau, le terreau, les outils de jardinage, les produits de traitement, etc.
Si je souhaite aller au bout de cette logique d'autosuffisance même partielle je devrais nécessairement adapter mes habitudes. Je tiens à signaler que ma quête d'autosuffisance n'est pas obsessionnelle ou fondamentaliste. Je ne me priverai pas de continuer à manger des oranges, des bananes et des ananas ! Je me pose plutôt la question de savoir à quoi d'autre pourrait me servir un potager en dehors du fait que jardiner est un hobby bien sympathique. Ma thèse est que le potager peut avoir une dimension vivrière non négligeable quand on la chance de pouvoir en mettre un en oeuvre. Après tout, je pourrai tout autant exploiter mon terrain en installant un vaste gazon, un joli parterre de fleurs et une piscine ! Mais je suis dans un autre "trip".
En fin d'année, j'aurai une vision panoramique sur notre mode alimentaire et je pourrai alors envisager de dimensionner plus utilement mon potager et mon verger.
Une prochaine fois, je vous parlerai d'une famille de mon hameau qui elle va bien au-delà de ma démarche puisque non seulement ils ont pratiquement atteint un haut degré d'autosuffisance, mais de plus leur façon de s'organiser leur permet probablement d'en tirer quelques revenus additionnels. Ce sont des choses qui sont courantes à la campagne.
PS : si vous souhaitez plus de précisions sur l'application "MyFrutiLégumor", n'hésitez pas à laisser un commentaire.
22:40 Publié dans Points de vue | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Quel modèle de développement humain ?






Commentaires
Comme tu le remarques, l'autosuffisance alimentaire nécessite de changer ses habitudes. Mais est-ce vraiment un problème de ne plus manger de fraises à Noël, quand on a une vision écologique, et que l'on sais qu'elles coûtent presque deux fois leur poids en Kérosène?
Et puis l'organisation du potager c'est avant tout une question de terrain. Les plantation ne seront pas les mêmes en Limousin, en Ardèche, ou dans le Calvados. Les sols ne sont pas identiques, les température et l'hydrométrie non plus. Par exemple, sur la bande côtière en Bretagne, les tomates attrapent facilement le mildioux, et les fruitiers à noyaux des parasites gâchant les récoltes. C'est pas grave on mange des pommes.
Autre remarque sur l'organisation du potager, il faut prendre en compte l'assortiment des espèces, d'une part pour la rotation des cultures et d'autre part pour se prémunir naturellement des parasites. Pour cela moi je plante aussi quelques aromatiques (thym, mente, persil).
Pour la réduction des intrants, on peut réaliser facilement des semis pour de nombreuses cultures (tomate, salade, ...)
Bref, jardiner c'est du travail, et faut avoir quelques connaissances. Pour trouver des 'trucs', je regarde chez mes voisins (les vieux du coin, pas les jeunes qui viennent de la ville), et je discute avec eux.
Ecrit par : jlauriol | 14/05/2006
Bjour HK. En février, j'ai eu l'intention d'exploiter MyFutiLegumor pour évaluer la consommation de mon foyer en fruits et légumes. Objectif remis à l'année prochaine pour cause de manque d'organisation.
Ecrit par : mamazon | 14/05/2006
Bonjour Mamazon,
J'espère que vous profitez bien de votre weekend. Moi je suis citadin cette fois-ci :-(
Concernant le MyFrutiLegumor, ce n'est pas un problème. Je comprends bien qu'il faille intégrer cette démarche dans un quotidien assez complexe.
Je vous suggère la chose suivante :
- vous n'êtes pas obligée de débuter votre relevé de conso en début d'année. L'application présente tous les mois, donc vous pouvez débuter quand vous voulez selon vos envies,
- si vous n'avez pas le temps de faire ces relevés systématiquement, l'essentiel est juste de conserver les tickets de caisse et éventuellement les étiquettes autocollantes mentionnant les poids (les étiquettes que vous imprimez lors de l'auto-pesage !).
Au pire vous pourrez vous inspirer de mes données (foyer de 2/3 personnes) et extrapoler à vote famille. En ayant mes données sous les yeux vous serez à même de juger si vos habitudes alimentaires sont plutôt similaires, ou plutôt "complétement à l'ouest". L'important est d'avoir une tendance même pifométrique. Dans mon cas je sais que nous mangeons presque une salade par semaine !
Bonne continuation.
Ecrit par : HK | 14/05/2006
A jlauriol,
Merci pour ton commentaire. En effet, je suis entièrement d'accord avec toi sur le fait que ce n'est pas un véritable problème que de retrouver des habitudes alimentaires plus en adéquation avec nos terrains, notre climat et tout simplement notre culture. Effectivement, quel sens cela a à faire voyager sur des milliers de km des cerises du Chili pour les déguster à Noël ?
Encore une fois, il ne s'agit pas d'être radical, mais juste raisonnable. En Europe, c'est quand même normal de déguster plus souvent des pommes que des bananes. Ainsi je peux très bien augmenter ma conso de poires et diminuer un peu celle des ananas. Le dosage est possible. Chaque saison produit son lot de bontés. J'ajouterai même à ton juste commentaire que les surplus peuvent aisément se conserver de différentes manières (congélation, séchage, conserves...) et donc les produits de la belle saison deviennent aussi disponibles l'hiver.
Ecrit par : HK | 14/05/2006
Pour appuyer les derniers commentaires, je dirais : Mangeons des poireaux en hiver et des tomates en été. Il faut cesser cette derive alimentaire qui ne fait qu'enrichir les grosses centrales d'achat et appauvrir les petits producteurs. De plus, manger des tomates en hiver de fait pas de bien à notre organisme. Des tomates mûrits artificiellement sans avoir vu un rayon de soleil ne sont pas chargées d'énergie. Pour notre corps c'est donc un aliment mort... Aucun interêt, d'autant plus que la qualité gustative n'y est pas non plus.
Voilà, c'est dit!
Ecrit par : philippe | 14/05/2006
Ce qu'il faudrait c'est quasiment une étude statistique (à base de moyen et d'écart-type). Pas évident d'avoir un rendement fixe d'une année sur l'autre.
Ce qui peut aussi rentrer en ligne de compte c'est aussi l'échange avec la famille, les amis, les voisins ou les villageois.
C'est important, parce qu'en plus d'avoir une certaine diversité dans le" menu", on ne récolte pas toujours ce qu'on sème, la conservation peut mal se faire, etc, ... la réussite n'est pas toujours au rendez vous.
Ainsi l'an dernier, j'ai un oncle qui m'a dépanné avec des plants de tomates (je m'y étais pris très tard), une grand mère qui m'amène de la porette (encore un mot argot pour désigner un petit poireau à repiquer). Et moi qui fournit en courges.
Ces échanges sont aussi, en quelque sorte, du lien social.
En plus de ça, pour moi faire un jardin c'est une question de goût. Je cherche le bon produit, celui qui va me permettre de me régaler. Je ne vois pas le jardinage sans la gastronomie.
Je suis même obligé de produire par moi-même. Depuis que j'ai mon propre raisin, il m'est tout simplement impossible d'en acheter : celui du commerce ne tient pas la comparaison.
Lien social, gastronomie, économie c'est déjà pas mal pour un potager ordinaire.
L'autosuffisance passe aussi par un retour à des variétés délaissées. Au revoir les F1 et autres hybrides, dont il est impossible de conserver des semences qui conservent les caractéristiques du fruit ou du légume d'origine.
Il faut donc aussi rajouter à la plus-value du jardinage, la découverte de nouveaux légumes ou fruits.
Enfin le bien-être et la patience obtenus à passer du temps à jardiner, regarder pousser, cuisiner, déguster et partager font faire l'économie d'antidépresseur et de psychanalyse. :-)
Et puis, il y a aussi la basse-cour. non ?
Ecrit par : Din-Diu | 14/05/2006
Pour répondre à Din-diu, j'ai eu il y a quelques années une basse cour.. Je conseille à tous d'en faire l'experience. 200% rentable. Les poules se nourrissent de nos restes alimentaire et des dechets du potager. En echanges, on récupere de bons oeufs frais et d'excelent poulets. De plus cela fournit un tres bon fumier froid pour le potager. Ce principe me parait indispensable dans un système d'autosuffissance alimentaire. En période favorable, la surproduction d'oeufs permet des echanges avec les voisins... ne pas negliger ce fait!
Dans les choses à faire soi même, je teste en ce moment la fabrication "maison" du pain et du vinaigre. Les resultats sont plus qu'encourageant.
Je pense que pour se détacher d'un système de consomation, il faut diversifier ses activitées et ses modes d'autoproduction.
Pour ce qui est des valeurs gustative, j'adhere totalement à ce que dit Din-Diu.
Amicalement
Philippe
Ecrit par : philippe | 15/05/2006
A Din-Diu et philippe,
Comme vous le soulignez, tous les paramètres sont bons à prendre dans une démarche d'autosuffisance : le troc, la basse-cour petite ou grande y compris le glanage et la cueillette des baies, herbes et champignons. Mon opinion est qu'une autosuffisance à 100% est plutôt utopique chez nous. Mais bon, gagner ne serait-ce que 30, 50 ou 75% d'autonomie est déjà un succès en soi. Cette philosophie peut dépasser le cadre du jardin vivrier puisqu'on peut adopter une démarche similaire pour l'eau, l'énergie, les matériaux de construction, voir même les services (SEL), etc.
En effet, et je suis en plein accord avec vous. Au-delà de l'aspect alimentaire, on peut prendre un réel plaisir à ces activités de plein air depuis la graine jusqu'à la dégustation. L'aspect social est primordial. L'échange de graines, de techniques et de points de vue créé une boucle vertueuse. Et c'est ainsi qu'on s'aperçoit qu'on peut vivre dans un monde qui fait sens. C'est à dire où l'humain s'intègre parfaitement dans un environnement plus vaste (la nature, les autres, les cycles saisonniers...). Ces dernières décennies, le progrès a pris une direction qui semble tourner le dos à la part naturelle de l'humain. L'humain en principe c'est nature ET culture. Or peu à peu nous glissons vers culture CONTRE nature. Je pense que nous et les prochaines générations perdrons beaucoup en confort de vie.
Ecrit par : HK | 16/05/2006
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