10/10/2005
Et si l'avenir était le retour vers le passé ?
A première vue, ce type de question renvoit à une conception du monde plutôt réactionnaire.
Pourtant, la modernité, le progrès signifient-il pour autant que les modes de vie du passé sont "mauvais" tandis que le progrès est une sorte de salut pour l'humanité ?
En l'occurrence, il y a "progrès" et "progrès". Notre civilisation fonde ses espoirs de bonheur universel sur les développements de la science, le bien-être matériel pour tous, la longévité, la sécurité, une vie de loisirs et d'amusement, d'échanges inter-continentaux, la progression sociale individuelle... De mon point de vue (mais je n'en suis pas propriétaire, je le partage juste), cela part d'une conception erronée de l'épi-phénomène "vie" en général.
La vie serait comme une sorte de paradis "figé" où les différentes espèces se côtoieraient dans une forme de coexistence pacifique en tolérant toutefois l'idée d'une chaîne alimentaire. Or, il me semble, dans la réalité, que la vie, dont l'espèce humaine n'est qu'un simple représentant parmi d'autres, est plutôt dynamique. A l'échelle géologique, les équilibres naturels sont précaires et plutôt temporaires, les alliances entre espèces (symbiose, mutualisme, commensalisme, parasitisme) se font et se défont au fur et à mesure des opportunités.
Parfois des systèmes d'interdépendance très complexes se mettent en place. L'exemple typique est l'écosystème forestier où chaque élément participant à un rôle à jouer pour la pérenité du tout dans une sorte d'"équilibre" apparent. En fait, le système est à la merci de la déchéance de l'un des protagonistes. Une modification climatique, une pollution, une maladie et tout le système s'éffondre car tous sont liés les uns aux autres en particulier mais pas exclusivement par la chaîne alimentaire ou un modèle de coopération inter- ou extra-spécifique.
L'espèce humaine, par ses options de développement, agit en quelque sorte comme un agent pathogène du système terre. Et c'est patent ! Ce serait prétentieux de dire que l'homme est capable d'anéantir toute vie. En revanche, il va suffisament l'altérer pour risquer de disparaître lui même et laisser la place à des espèces s'adaptant plus vite (insectes, virus, bactéries...) beacoup plus souples avec des cycles de mutation beaucoup plus rapides (de quelques jours ou mois). Attendons voir l'avènement et la mutation annoncés de la "grippe aviaire".
Une forme de progrès aujourd'hui serait aussi d'admettre que le cheminement que prend l'humanité n'est pas viable. Car si le progrès est basé sur une conception économique consistant à produire toujours plus et de considérer que la biosphère n'est qu'un réservoir de ressources au service d'une perpétuelle croissance, alors je préssens l'effondrement de ce modèle en seulement quelques décennies. Je ne suis pas en mesure d'étayer ce préssentiment par des données rationnelles. J'écoute mes instincts et je constate des signes, par exemple : changement climatique, disparition des espèces, surpopulation, faim, maladies, effet dévastateurs des catastrophes à cause de la densité des populations, expansion humaine sur des zones dangereuses...
Alors quelle alternative ?
L'alternative serait de tenter une marche en arrière civilisationnelle contrôlée, gérée et concertée entre toutes les nations du monde. Laisser se réduire naturellement la part de l'espèce humaine dans le sérail des espèces, accepter une diminution des besoins des civilisations et des individus, n'utiliser que ce que la nature à le temps de recycler et ré-assimiler, adapter les modes de vie en tenant compte de la raréfaction ou la dangerosité des ressources utilisées ... Et pour cela, le véritable progrès pourrait venir de la science, de l'ingénierie, de la médecine, de la philosophie, de la diplomatie, de la politique, de l'éducation, du législatif, de la coopération internationale (la mondialisation inversée en quelque sorte). Voilà donc une nouvelle vision du "progrès" en revenant partiellement vers des habitudes datant de la pré-révolution industrielle tout en conservant le meilleur du monde moderne : c'est à dire à ce qui ne nuit pas à l'épi-phénomène vie. Ce plan pourrait prendre plusieurs décennies le temps que le monde devienne suffisamment multi-polaire et quelques siècles pour en sentir les premiers effets. A savoir si la biosphère attendra que l'espèce humaine apprenne !
22:55 Publié dans Points de vue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note






Trackbacks
Et si l'avenir s'inspirait aussi du passé ?
Et si l'avenir était le retour vers le passé ? A première vue, ce type de question renvoit à une conception du monde plutôt réactionnaire et misanthrope.
Pourtant, la modernité, le progrès signifient-ils pour autant que les
modes de vie du ...
Trackback par : HKac rédacteur AgoraVox | 26/10/2005
Commentaires
Revenir en arrière n'est pas une solution, c'est plutôt un constat d'échec.
Mais rien n'empêche de s'inspirer du passé : une pratique culturale oubliée depuis 500 ans pourrait sauver l'agriculture future en Amazonie (voir mon blog (et hop un peu de pub)).
Et si on allait pas de l'avant les éoliennes de maintenant ne serait pas ce qu'elles sont, c'est-à-dire avec un meilleur rendement que les éoliennes d'il y a 10 ans, et du coup compétitives par rapport aux moyens traditionnels de production d'énergie.
Imposer à des pays un style de vie ? pour moi impossible. Il y aura toujours des pays qui voudront conserver le leur (les USA pour ne pas les citer) et d'autres qui voudront se mettre à niveaux (les pays en voie de développement).
Quant à la population mondiale humaine, il est clair que cela pourrait poser un problème à un moment ou un autre. D'ailleurs ça a déjà commencé : de plus en plus de sites dangereux (en particulier du point de vue géologique) sont habités avec les conséquences qu'on connait.
Si on considère que les pays dit "riches", ont un taux démographique en baisse, alors "Richesse pour tout le monde". Mais là, c'est l'utopie.
ça me rappelle un cours de biologie : les stratégies r et K. (http://www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/docrep/W4442F/w4442f0b.htm)
Les espèces r prolifèrent jusqu'à épuisement des ressources, les espèces K se multiplient jusqu'à atteindre un pallier. L'espèce humaine n'est ni r ni K : elle est au milieu.
On n'est donc pas sorti de l'auberge. Cependant je ne crois pas du tout que des films comme Blade Runner ou Soleil Vert puissent être des visions crédibles de l'avenir (pourtant Blade Runner est un de mes films cultes).
Écrit par : Din-Diu | 10/10/2005
je ne suis pas sûr que si le problème touche l'humanité dans son ensemble, il n'y ait pas de d'autre choix que de coopérer. il y en a au moins un : les guerres.
Et là je pense à un bouquin sérieux, lu il y a quelques années de cela "La bataille de l'eau". Le titre est assez explicite.
Écrit par : Din-Diu | 10/10/2005
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